ANALYSES
INTERNATIONALES
La
Chronique de Pascal
Boniface (IRIS)
directeur de l’Institut
de relations internationales et stratégiques
(www.iris-france.org)
en partenariat avec pacainfoeco.com
Iran : le scénario
catastrophe arrive ! Vous
avez aimé la guerre d'Irak ?
Vous allez adorer la guerre d'Iran !
Certes elle n'aura pas tout à fait
la même forme. Ne rêvez pas
d'une invasion massive, avec déploiement
de troupes au sol et occupation militaire
prolongée débouchant sur une
guerre civile. Cela n'est pas possible.
Même l'hyperpuissance américaine
a des limites. Elle n'a pas - elle n'a plus
- les moyens d'ouvrir un deuxième
front de ce type. Il faudra vous contenter
de frappes aériennes, de bombardements
ciblés sur les sites nucléaires
iraniens. Mais rassurez-vous, si le déroulement
sera différent, le résultat
devrait être tout aussi catastrophique
et même sans doute bien davantage.
... lire
la suite ?
JANVIER 2007 -
Nations
Unies - le constat d’impuissance lire
la chronique
JANVIER 2007 -
année
2006 : un bilan négatif lire
la chronique
DECEMBRE
2006 -
Guerre idéologique mondiale La France,
petite puissance lire
la chronique
DECEMBRE
2006 -
Les
clés du puzzle libanais
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?
Novembre2006
-
Dérives
israéliennes et silence des européens
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Novembre2006
-
Un
Proche-Orient qui divise les présidentiables
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Octobre
2006 : un
mauvais coup à la politique de non-prolifération
des armes nucléaires
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- Septembre
2006 -
LIBAN 2 Lire
?
Une
publication de l'I.r.i.s.
( Institut de relations internationales
et stratégiques) :
La
Chronique de Pascal
Boniface (IRIS)
JANVIER
2007 -
Nations
Unies - le constat d’impuissance
La liste des conflits, en ce début
d'année, donne le tournis. Au milieu
de ce chaos, l'ONU semble inexistante. Les
Américains préfèrent
exercer le pouvoir en solitaire. Le
Sud Coréen Ban Ki-moon a succédé
à Kofi Annan le 1er janvier à
la tête de l'ONU. Il accède à
un poste très en vue, mais hérite
d'une situation peu enviable. Les crises et
conflits se multiplient, et la situation de
la planète, en termes de sécurité
internationale, semble devenir tout simplement
ingérable. Redoutable défi pour
celui qui est à la tête d'une
organisation dont l'objectif même est
de préserver le monde des fureurs de
la guerre. L'année
2006 aura connu une dégradation de
la situation. Seuls les hyper-optimistes prévoient
une amélioration pour 2007. Il y a
les conflits très visibles de l'Irak,
de l'Afghanistan et du Proche-Orient, et l'accentuation
de la crise autour des programmes nucléaires
iraniens. Le fossé entre les mondes
occidental et musulman s'élargit un
peu plus chaque année pour le plus
grand bonheur des adeptes du " choc des
civilisations ". Alors que la situation
au Darfour est sortie du silence qui l'entourait,
est venue s'ajouter la guerre soudaine entre
l'Ethiopie et la Somalie. Si la situation
s'améliore au Liberia et en Sierra
Leone, elle reste fragile en Côte d'Ivoire
et dans l'Afrique des Grands Lacs.
En
Asie, deux confrontations potentielles de
grande ampleur - entre les deux Corées,
d'une part, entre la Chine et Taiwan, de l'autre
- inquiètent. Le Japon a des relations
compliquées tant avec la Chine qu'avec
la Corée du Nord. Face à cet
Etat, l'une des pires dictatures de la planète,
au bord de la famine et dotée d'armes
nucléaires, on se demande quelle est
la menace la plus grave : le maintien en place
du régime ou son effondrement rapide
? Le Caucase, l'Asie centrale, bouillonnent
de conflits couvant sous la braise. Rare
point positif dans ce paysage, la justice
internationale - qu'il ne faut pas confondre
avec la parodie qu'a constitué le procès
de Saddam Hussein -, progresse et, pour la
première fois, un ancien chef d'Etat
africain, Charles Taylor, va être jugé
pour crimes de guerre. C'est un signal bienvenu
en faveur de la fin de l'impunité des
tyrans. Or, dans le même temps, les
crimes contre l'humanité se sont banalisés.
Un peu partout dans le monde, les enfants,
souvent enrôlés de force, paient
un lourd tribut à la violence armée.L'
ONU semble impuissante. Nous vivons dans un
monde globalisé, mais il n'y a pas
de gouvernance mondiale. La responsabilité
américaine est, certes, grande, et
il suffit de comparer l'action de Bush père
à celle de son fils. Le premier célébrait
un nouvel ordre mondial où les Nations
Unies, libérées du fardeau de
la Guerre froide, réaliseraient les
objectifs de ses créateurs ; le second
voit dans l'organisation mondiale un obstacle
au libre exercice de la bienfaisante puissance
américaine. Comment redonner du pouvoir
à l'organisation mondiale lorsque le
multilatéralisme est en crise ? Ce
sera une lourde tâche pour Ban Ki-moon
que de (re)donner du sens à la phrase.
" Nous, peuples des Nations Unies ",
par laquelle commence la Charte. par
Pascal Boniface Directeur de l'IRIS
JANVIER
2007 -
année
2006 : un bilan négatif
Les
fins d’année sont propices aux
bilans. Pour 2006, celui concernant les questions
stratégiques est indiscutablement négatif.
La situation globale est plus mauvaise en
cette fin d’année qu’elle
ne l’était à son début.
Mais le pire c’est que l’on peut
craindre de devoir faire un constat encore
plus sombre à la fin de l’an
prochain. La guerre du Liban est certainement
l’événement le plus marquant
de l’année 2006. Il constitue
le dernier clou dans le cercueil de la stratégie
américaine du Grand Moyen-Orient, censée
amener démocratie et stabilité
dans la région. Israël, qui se
présente comme la seule démocratie
du Proche-Orient, a choisi de répliquer
à l’enlèvement de deux
de ses soldats par le Hezbollah, par une offensive
militaire tout à fait disproportionnée.
Cela s’est traduit par un lourd bilan
en terme de perte de vies humaines et de destructions
matérielles. Mais le bilan stratégique
est encore plus lourd. Le Hezbollah, parce
qu’il n’a pas perdu, apparaît
comme le vainqueur de la guerre. Israël,
parce qu’il n’a pas gagné
et rempli ses objectifs (notamment la libération
des deux soldats, qui pourrait avoir lieu
plus tard, grâce à un échange
de prisonniers, et qui aurait pu éviter
la guerre si on y avait procédé
dès le début), apparaît
dès lors comme le vaincu. Cette guerre
censée détruire le Hezbollah
l’a renforcé politiquement au
Liban et a accru son prestige dans le monde
arabe. Alors qu’elle était censée
livrer un avertissement à l’Iran,
elle lui a permis d’apparaître
comme un acteur incontournable dans la région.
La guerre du Liban, comme auparavant la guerre
d’Irak, a montré le caractère
contre-productif que peut avoir parfois la
supériorité militaire, s’il
conduit à l’aveuglement politique.
Cette guerre a créé un débat
au sein de la société israélienne,
mais paradoxalement, les partisans de la manière
forte ont été renforcés,
et le résultat a été
l’arrivée de l’extrême
droite avec Avigdor Liberman dans le gouvernement
israélien.
Les
espoirs ou plutôt les illusions nées
du retrait israélien de Gaza ont été
réduits en poussière. Les puissances
occidentales ont décidé de boycotter
le gouvernement palestinien suite à
la victoire électorale pourtant incontestable
du Hamas aux élections de janvier 2006.
Le moins que l’on puisse dire, c’est
que le message des Occidentaux a été
brouillé affirmant promouvoir la démocratie
tout en refusant d’en reconnaître
les résultats s’ils ne sont pas
conformes à leurs souhaits. La situation
économique et sociale des Palestiniens
s’est dégradée, au point
que l’on recense connaître à
Gaza un taux de 70% de la population en-deçà
du seuil de pauvreté. En cette fin
d’année, c’est donc la
crainte de guerres civiles au Liban et dans
les Territoires palestiniens qui se profile.
Parallèlement, l’Irak y est déjà
largement enfoncé. La violence s’y
déchaîne un peu plus chaque jour.
Les Américains ont enfin compris qu’ils
ne pouvaient plus gagner cette guerre. L’Amérique
a pour objectif une sortie rapide tout en
n’aggravant pas la situation en Irak,
soit deux objectifs contradictoires. Son crédit
moral et stratégique est largement
entamé. Il devrait désormais
y avoir un syndrome irakien, comme il y eut
un syndrome vietnamien. Si l’on y ajoute
la dégradation de la situation en Afghanistan
et le début d’un conflit entre
l’OTAN et les Talibans, la période
n’est pas à l’optimisme.
2006
aura confirmé également une
tendance de fond : le fossé entre le
monde occidental et le monde musulman se creuse.
L’affaire dite des caricatures et la
polémique sur les propos du Pape Benoît
XVI sur le Coran ont montré que, si
l’Occident et l’Orient sont sur
la même planète, ils ne vivent
parfois pas dans le même monde. Les
partisans d’une ligne dure, d’un
affrontement entre l’Occident et le
monde musulman, gagnent méthodiquement
des points. Il y a quelques années,
l’affaire des caricatures de Mahomet
parues dans un journal danois ou les propos
du Pape sur la dimension belliqueuse de l’Islam
n’auraient pas eu le même impact.
Tout le monde s’élève
contre le concept de guerre de civilisation
mais il semble progresser un peu plus chaque
année. Le problème est en effet
que nous vivons dans un monde globalisé,
mais qu’il n’y a pas de gouvernance
mondiale. Quand à la Chine poursuit
sa montée en puissance, mais c’est
l’Inde qui a le plus gagné au
cours de 2006 grâce à l’accord
stratégique et nucléaire conclu
avec Washington. Dans la compétition
qu’elle entretient avec la Chine dans
la course à la puissance, l’Inde
reste loin derrière, mais elle a opéré
un léger rattrapage cette année.
La seule lueur d’espérance vient
finalement de l’Amérique latine,
qui avait connu des dictatures militaires
et des guérillas, des années
60 aux années 80, puis une grande dépression
économique à la fin des années
90. Elle a retrouvé la croissance et
surtout vit désormais au rythme des
alternances (ou confirmations) électorales.
Les bonnes nouvelles sont trop rares pour
n’être pas célébrées.
par Pascal Boniface Directeur de l'IRIS
DECEMBRE
2006 -
Guerre idéologique mondiale La France,
petite puissance
Notre pays prétend jouer un rôle
spécifique à linternational.
Mais, ne se dotant pas de canaux pour faire
passer ses messages, il pèse peu dans
la conquête des opinions mondiales.
Avec France 24, la France a conforté
son secteur audiovisuel à destination
de létranger. Espérons
que la chaîne saura gagner son public
et quelle ne sera pas prisonnière
denjeux de politique intérieure.
Même si la France comble une partie
de son retard sur le terrain de linformation
et de la communication internationale, elle
reste à la traîne. France
24, avec son budget de 80 millions deuros
est loin derrière son homologue allemande,
la Deutsche Welle, qui dispose de 260 millions.
Cest un paradoxe. La France veut, depuis
le début de la Ve République,
jouer un rôle spécifique et autonome
sur la scène internationale. Mais alors
que, dans un monde globalisé, limage
dun pays, le soft power, sa capacité
dinfluence sont devenus des facteurs
essentiels de puissance, la France ne se donne
pas les moyens de peser dans la conquête
des opinions certains diraient la guerre
idéologique qui se mène
au niveau mondial. Le Qatar (600.000 habitants)
consacre à cet objectif plus de moyens
que la France. Cela ne serait pas si grave
si cette conquête navait pour
ambition de servir fidèlement le leadership
américain. Mais peut-on prétendre
avoir un message spécifique et ne pas
se doter de canaux pour le faire passer ?
Encore
faudrait-il que la France sorganise
pour la bataille des idées. La
tradition régalienne veut que les contributeurs
potentiels non-étatiques soient négligés.
Les ONG françaises ont certes acquis
une reconnaissance au niveau international.
Mais leur action est davantage tournée
vers laide humanitaire que vers lingénierie
politique où les Anglo-saxons restent
maîtres. Nos fondations politiques sont
très chichement dotées, comparées
à leurs consurs allemandes :
Friedrich Ebert ou Konrad Adenauer disposent
de budgets denviron 110 millions deuros
par an, contre 2,5 millions pour les fondations
françaises Robert Schuman ou Jean Jaurès.
Or, en termes daide à la démocratisation
et dinfluence, le travail des fondations
est capital. Il nexiste pas en France
de lieux pour accueillir des conférences
de haut niveau, là où se forge
lopinion des décideurs internationaux
et des experts de tous bords, à limage
de la Ditchley Foundation ou de Wilton Park
en Angleterre. Les think tanks ne sont pas
suffisamment développés et souffrent
de disettes budgétaires. Les Pays-Bas,
qui nont pas les prétentions
stratégiques internationales de la
France, ont en ce domaine une plus grande
capacité quelle. La diplomatie
parlementaire pourrait aussi être plus
reconnue, et non pas considérée
comme une source potentielle de complications.
Si
la France veut peser sur le cours de choses,
elle doit réaliser que nous perdons
des parts de marché dans la bataille
de lopinion mondiale. Il y a là
des choix à faire qui sont plus dordre
culturel que budgétaire, car les sommes
en question sont réellement marginales
par rapport aux enjeux. par
Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS découvrir
l'iris ?
DECEMBRE
2006 -
Les
clés du puzzle libanais
© afp - L'assassinat
de Pierre Gemayel, ministre
de l'industrie et membre d'une des plus importantes
familles chrétiennes maronites du Liban,
fait craindre une déstabilisation supplémentaire
de ce pays. La Syrie est-elle en train de
vouloir reprendre le contrôle du pays?
Le Liban risquerait-t-il de s'enfoncer de
nouveau dans une guerre civile qui opposerait
cette fois le Hezbollah chiite pro-syrien
à une alliance chrétiens, musulmans
sunnites et druzes, adversaires de Damas ?
Avec
l'assassinat de Pierre Gemayel, c'est
le seizième attentat contre des personnalités
anti-syriennes mené depuis
deux ans. Les soupçons se sont immédiatement
portés sur Damas. La Syrie, jouant
sur la théorie du complot si souvent
en vogue au Proche-Orient, souligne qu'elle
est la perdante de l'affaire. Alors qu'on
parlait de sa réintégration
dans le jeu régional, acceptée
par les Américains en échange
d'une aide indirecte sur le dossier irakien,
elle est de nouveau mise en accusation. Le
Hezbollah, qui avait fait démissionner
ses ministres pour empêcher justement
l'approbation du tribunal international,
a été empêché de
manifester contre le gouvernement. Ce dernier
a au contraire été renforcé,
et 800.000 personnes (soit le cinquième
de la population) ont participé, dans
la dignité, aux obsèques de
Pierre Gemayel. Les chrétiens, qui
étaient divisés, ont montré
leur unité.
Le
Liban peut-il replonger dans la guerre civile
qui a failli conduire le pays à sa
perte dans les années 80 ? Quelques
indices peuvent le laisser craindre : il y
a de nouveau des clivages ethnico-confessionels
très vifs, tout comme des puissances
extérieures régionales ou non
(Syrie, Israël, Iran, France, Etats-Unis)
aux agendas bien différents. Mais l'histoire
pourrait avoir, pour une fois, porté
ses fruits : les Libanais ne veulent pas d'un
suicide collectif. Les chrétiens sont
conscients d'ailleurs qu'un nouveau déchirement
risquerait de les emporter durablement, voire
définitivement. Le
Hezbollah, à la croisée des
chemins, est considéré comme
étant à la fois un mouvement
national libanais profondément enraciné
dans le pays, et un allié de la Syrie
et de l'Iran. Selon qu'il privilégie
l'un ou l'autre aspect, il peut ou non être
un facteur déclenchant d'une nouvelle
guerre civile. L'intérêt de la
coalition du 14 mars, le front anti-syrien,
devrait être de ne pas le pousser à
des extrémités irréversibles.
Le
Hezbollah peut être tenté de
jouer la carte nationale, les tendances démographiques
et politiques jouant en sa faveur. Mais penser
qu'on pourra avoir un règlement global
sur le Liban en l'absence d'un règlement
global au Proche-Orient est illusoire. Le
Liban est, entre autres, la victime indirecte
du conflit israélo-palestinien. Tant
que celui-ci ne sera pas résolu, le
Liban ne pourra pas vivre une paix véritable
et durable. Tony Blair a absolument raison
de souligner avec constance qu'on ne pourra
pas avancer vers une stabilisation de la région
tant qu'on n'avancera pas sur le dossier israélo-palestinien.
Irak, Liban, Palestine : chaque dossier est
isolément extrêmement complexe.
Mais leur solution est interconnectée.
L'enjeu majeur pour Blair est que, si son
analyse est stratégiquement impeccable,
il a jusqu'ici toujours été
incapable de la faire partager par George
W. Bush, ou peut-être seulement verbalement.
Tant que ce dernier ne voudra pas se saisir
à bras le corps du dossier israélo-palestinien,
il y a plus de risques que la situation stratégique
globale dans la région ne s'améliore
pas, mais au contraire se dégrade.par
Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS découvrir
l'iris ?
Novembre2006
-
Dérives
israéliennes et silence des européens
Les opérations militaires israéliennes
dans la Bande de Gaza continuent. Les plus
récentes ont été dénommées
(avec cynisme ou mépris ?) " Nuages
d'automne " par Tsahal. Depuis juillet,
elles ont fait plusieurs centaines de morts,
dont de nombreux civils, parmi les Palestiniens,
dans la plus parfaite indifférence
de la communauté internationale. Les
médias internationaux, qui au moins
ont rendu compte de la guerre du Liban, y
portent une attention pour le moins limitée,
comme si l'on devait s'habituer à la
banalité de la violence. Comme si surtout
le sort des Palestiniens n'intéressait
plus personne, qu'ils étaient plus
que jamais abandonnés. Les puissances
internationales ne font même plus semblant
de croire à la mise en œuvre d'une
solution pacifique de ce conflit ou au respect
des règles du droit international.
Mais, de surcroît, elle ne semblent
même plus s'émouvoir de la situation
concrète sur le plan humain des Palestiniens.
Il y a quelques années, en effet, une
opération militaire de ce type aurait
suscité une très forte réaction
de la communauté internationale, contraignant
Israël à modifier sa politique.
Plus rien de tel aujourd'hui, comme si le
monde accordait à Israël un blanc-seing.
Ceux
qui avaient espéré une amélioration
de la situation après le retrait unilatéral
de l'armée israélienne de Gaza
voient leurs illusions dissipées. La
situation est bien pire qu'avant. Gaza est
complètement bouclée et constitue
une véritable prison à ciel
ouvert. Il y a eu officiellement un retrait
de Gaza mais ses habitants ne peuvent pas
en sortir, ne peuvent pas exporter leurs produits
et doivent subir les raids répétés
de l'armée israélienne. Si l'aide
internationale continue d'être acheminée,
fût-ce par des canaux différents
d'auparavant, du fait du refus européen
de financer directement un gouvernement dirigé
par le Hamas, elle ne compense pas l'étouffement
économique. L'aide accordée
aux Palestiniens n'est pas un geste de générosité.
C'est une faible compensation de l'impossibilité
des Palestiniens d'avoir une activité
économique normale du fait des blocages
politiques. Car si les Palestiniens pouvaient
avoir une activité économique
normale, ils n'auraient pas besoin d'aide.
Plus
marquantes encore on été les
absences de réactions internationale
à l'entrée au gouvernement israélien,
de l'extrémiste Avigtor Lieberman,
chef du Parti Israël Beitenou. Cet élargissement
du gouvernement Olmert est une conséquence
indirecte de la guerre du Liban. Conséquence
pour le moins paradoxale, dans la mesure où
cette guerre a montré l'échec
total des solutions s'appuyant principalement
sur la force pour résoudre des problèmes
politiques. Elle a eu pourtant pour effet
de renforcer les partisans de la manière
forte et de les faire entrer au gouvernement.
Celui
qui vient de rejoindre le gouvernement n'est
pas un ministre parmi tant d'autres. Le grand
historien israélien, Zeev Sternhell,
professeur à l'Université hébraïque
l'a présenté comme étant
" peut-être l'homme politique le
plus dangereux dans l'histoire de l'Etat d'Israël
". Lieberman avait menacé en janvier
2001, en cas d'attaque palestinienne, de bombarder
Beit Jala (un faubourg de Bethléem),
Téhéran, le Caire, et le barrage
d'Assouan. En octobre 2003, il déclarait
: " Si nous nous trouvons obligés
de détruire tous les champs, outre
Damas et Beyrouth, nous le ferons ".
En juillet de la même année,
à propos des milliers de prisonniers
palestiniens, il disait : " Il vaut mieux
noyer ces prisonniers dans la Mer morte, si
possible, puisque c'est le point le plus bas
du monde ". Celui qui est parfois appelé
" le Tsar Raspoutine ", du fait
de ses origines slaves, a suggéré
que l'armée israélienne applique
à Gaza les méthodes employées
par l'armée russe en Tchétchénie.
Voilà celui qui vient d'être
nommé Vice-premier ministre, chargé
des affaires stratégiques. Cependant,
en Israël même, un ministre, celui
de la Culture, Ofir Pines-Paz, a démissionné
pour ne pas siéger aux côtés
du raciste Lieberman, mais son cas est bien
isolé. Les pays de l'Union européenne,
qui avait si vivement critiqué l'arrivée
du Parti d'extrême droite au gouvernement
en Autriche ne se sont pas cette fois signalés.
Comment expliquer ce silence des gouvernements
occidentaux, d'habitude si prompts à
condamner les dérives racistes ou extrémistes
? Comment ne pas voir que ce silence coupable
va accréditer l'idéee "
deux poids, deux mesures " si répandue
dans le Monde arabe et musulman ? Comment
ne pas voir que l'absence de réaction
forte face à la montée de l'extrême
droite est une trahison à l'égard
des Israéliens pacifistes et attachés
à la défense des droits de l'homme
? par
Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS
Novembre2006
-
Un
Proche-Orient qui divise les présidentiables
©AP/La politique
étrangère n'oppose plus droite
et gauche en France. Le clivage se fait
à l'intérieur de chaque camp
entre adversaires et partisans de la guerre
anti-terroriste conduite par les Etats-Unis.La
politique étrangère risque
de jouer un rôle plus important que
d'habitude lors de la campagne présidentielle.
Tout d'abord parce que les Français
s'y intéressent de plus en plus.
Qu'ils le déplorent ou qu'ils s'en
félicitent, ils sont conscients de
l'impact de la mondialisation et de ses
conséquences économiques,
sociales ou sécuritaires sur leur
vie quotidienne.De surcroît, le consensus
traditionnel sur ces sujets n'existe plus.
Les grandes orientations stratégiques
de la Vème République qu'on
a baptisées le " gaullo-mitterrandisme
" sont maintenant contestées.
Et le clivage n'oppose plus la droite à
la gauche, mais passe à l'intérieur
de chaque camp.Il y a ceux qui prônent
un rapprochement avec les Etats-Unis au
nom de l'alliance des démocraties
et de la solidarité occidentale.
Une ligne qu'incarnent aussi bien Nicolas
Sarkozy que Dominique Strauss-Kahn en rupture
avec la tradition française. Ils
prônent la fin de ce que l'on appelle
" la politique arabe de la France ",
perçue comme étant avant tout
une compromission avec des régimes
peu recommandables. Ils sont favorables
à un rapprochement accentué
avec Israël, présenté
comme la seule démocratie du Proche-Orient.
La question palestinienne serait de ce fait
reléguée à l'arrière-plan.
En
face, aussi bien à droite qu'à
gauche, il existe une opposition farouche
à cette volonté de rupture.
Ségolène Royal et Laurent Fabius
sont très critiques sur la façon
dont les Etats-Unis mènent la guerre
contre le terrorisme. Ils pensent que George
W. Bush contribue plus à aggraver le
problème qu'à le résoudre.
Ils ne sont pas anti-américains, mais
largement opposés à la politique
étrangère de Bush, comme l'est,
selon eux, la majorité des Français.Au
sein de l'UMP, le positionnement de "
Sarko l'Américain " fait grincer
les dents de ceux qui veulent réaffirmer
les principes gaullistes, comme Dominique
de Villepin et Michèle Alliot-Marie.
La Ministre de la Défense a d'ailleurs
tenu à réaffirmer fortement
les principes de l'autonomie de la France
lors de son séjour aux Etats-Unis.Néo-gaullistes
et néo-mitterrandistes partagent la
même crainte : que la dénonciation
de certains aspects de la politique arabe
de la France ne soit un prétexte pour
cesser d'avoir une politique active dans la
région et y perdre des positions. Les
premiers privilégient l'approche de
gouvernement à gouvernement, et les
seconds préfèrent renforcer
les contacts avec les sociétés
civiles. Mais tous pensent que la France doit
redéfinir et réaffirmer une
politique spécifique dans la région,
pas l'abandonner. par Pascal
Boniface Directeur de l'IRIS
Octobre
2006 -
un mauvais coup à
la politique de non-prolifération
des armes nucléaires
Selon de nombreux services de renseignements,
la Corée du Nord a procédé
à un essai nucléaire le 8
octobre 2006 malgré les demandes
unanimes de la communauté internationale
pour qu’elle y renonce. Certes, cela
faisait déjà quelques temps
que l’on savait que Pyongyang disposait
d’armes nucléaires. Elle l’avait
elle-même ouvertement proclamé
en février 2005. Cet essai ne change
donc pas en lui-même radicalement
la donne stratégique en créant
un Etat atomique de plus. Mais il vient
officialiser son statut d’Etat doté
d’armes nucléaires, ce qui
donne un aspect plus difficilement réversible
à cette situation. La Corée
du Nord avait ratifié le TNP (Traité
de Non-Prolifération des armes nucléaires)
mais s’en était par la suite
retirée en 2003, selon les modalités
prévues par le Traité. Officiellement
donc, il n’y a pas de violation du
TNP.Il n’en reste pas moins que cette
annonce est un mauvais coup à la
politique de non-prolifération des
armes nucléaires et peut susciter
des inquiétudes pour la sécurité
asiatique. Vu la nature du régime
nord-coréen – l’un des
plus dictatoriaux et fermé du monde
-, et la situation en Asie – division
de la Corée, sensibilité particulière
du Japon vis-à-vis de l’arme
atomique – l’affaire est d’importance.
Tout ceci à l’heure où
le nouveau Premier ministre japonais, Monsieur
Abe, à peine entré en fonction,
réserve son premier voyage à
l’étranger à la Chine,
et non, comme c’est la tradition aux
Etats-Unis, et que le Ministre sud-coréen
des affaires étrangères est
sur le point d’être confirmé
comme futur Secrétaire général
des Nations-Unies.
Pyongyang
affirme haut et fort qu’il n’a
que faire de l’avis des autres Etats
et que son isolement quasi complet ne l’inquiète
pas outre mesure. Même la Chine, protectrice
de longue date du régime nord-coréen
a condamné l’essai. Mais elle
a été impuissante à l’empêcher,
ce qui est un revers pour elle. Il a constitué
un motif supplémentaire pour accélérer
les négociations stratégiques
avec le Japon avec lequel les relations sont
pourtant difficiles. Evidemment les voisins
japonais et sud-coréens ont protesté
ainsi que les Etats-Unis, la Russie et l’ensemble
des pays de l’Union européenne.
Le problème est que les moyens de pression
sur la Corée du Nord sont très
faibles. Le fait même que ce pays soit
autarcique, sans ressources, au bord de la
faillite, que sa population souffre de sous-alimentation,
constitue paradoxalement un atout pour le
régime. Celui-ci n’a en effet
rien à perdre, sauf le pouvoir. Il
fera tout pour se maintenir, sachant qu’il
ne peut le faire que par la force, et l’arme
nucléaire apparaît comme un moyen
de ne pas être inquiété.
Le régime de Kim Jong Il ne craint
pas que sa population soit encore plus soumise
qu’avant aux restrictions. Son bien-être
a toujours été le cadet de ses
soucis. Et il espère sanctuariser son
régime et le mettre à l’abri
des menaces extérieures avec une capacité
nucléaire reconnue. Personne ne prendra
le risque d’attaquer militairement un
régime à la fois aux abois et
doté d’armes nucléaires.
L’affirmation
de sa capacité nucléaire renforce
ainsi ses marges de manœuvres dans la
relation avec les autres pays. Il ne peut
pas craindre des sanctions économiques
car il ne peut pas être plus en faillite
qu’il ne l’est aujourd’hui.
Il joue vis-à-vis de l’extérieur
sur sa capacité de nuisance. Les Sud-Coréens
n’ont aucune envie de voir un exode
massif de Nord-Coréens fuyant leur
pays. Malgré les vœux officiels,