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Le 1er Quotidien Web de L' Economie Régionale en région Provence Alpes Côte d'Azur 5éme année © fondateur : Michel HUGUES © 2002-2007
 
 
ANALYSES INTERNATIONALES

La Chronique de Pascal Boniface (IRIS) directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (www.iris-france.org) en partenariat avec pacainfoeco.com

 

 

Iran : le scénario catastrophe arrive ! Vous avez aimé la guerre d'Irak ? Vous allez adorer la guerre d'Iran !

Certes elle n'aura pas tout à fait la même forme. Ne rêvez pas d'une invasion massive, avec déploiement de troupes au sol et occupation militaire prolongée débouchant sur une guerre civile. Cela n'est pas possible. Même l'hyperpuissance américaine a des limites. Elle n'a pas - elle n'a plus - les moyens d'ouvrir un deuxième front de ce type. Il faudra vous contenter de frappes aériennes, de bombardements ciblés sur les sites nucléaires iraniens. Mais rassurez-vous, si le déroulement sera différent, le résultat devrait être tout aussi catastrophique et même sans doute bien davantage. ... lire la suite ?

 

JANVIER 2007 - Nations Unies - le constat d’impuissance lire la chronique

JANVIER 2007 - année 2006 : un bilan négatif lire la chronique

DECEMBRE 2006 - Guerre idéologique mondiale La France, petite puissance lire la chronique

DECEMBRE 2006 - Les clés du puzzle libanais Lire ?

Novembre2006 - Dérives israéliennes et silence des européens Lire ?

Novembre2006 - Un Proche-Orient qui divise les présidentiables Lire ?

Octobre 2006 : un mauvais coup à la politique de non-prolifération des armes nucléaires Lire ? - Septembre 2006 - LIBAN 2 Lire ?

Lundi 28 Août 2006 - Liban Lire ? Mercredi 7 Juin 2006 - - Football : un empire sans limites Lire ? mardi 23 Mai 2006 - - Monténégro ou les dangers de la prolifération étatique Lire ? vendredi 12 mai 06 - Pascal Boniface (IRIS) - Europe de la défense : les opinions publiques en avance sur les gouvernements Lire ? vendredi 28 avril 06 - Pascal Boniface (IRIS) - Le dilemme iranien Lire ? - Samedi 1er avril 06 - Les limites du plan de paix d'Olmert -Lire ? Samedi 25 mars 06 - Nouvelle stratégie de sécurité nationale américaine : on ne change pas une stratégie qui perd ! Lire ? mercredi 15 mars 06 -Vers le retour de la violence au Proche-Orient Lire ? vendredi 04 mars 06 - Arabie Saoudite : la relation avec Washington reste prioritaire Lire ? - Jeudi 23 fevrier 06 Solutions diplomatiques improbables, solutions militaires impossibles Lire ? Vendredi 3 Fevrier 2006 - Pascal Boniface (IRIS) - Affaire des caricatures : l'engrenage infernal ? Lire ? Jeudi 26 janvier 2006 - Elections palestiniennes : un résultat qui fait l'effet d'une bombe lire ? Lundi 23 janvier 2006 - Dissuasion nucléaire : pas de ruptures mais une doctrine actualisée lire ? Lundi 26 décembre 2005 Pascal Boniface (IRIS) - Maroc : être lucide sur le passé, pour mieux préparer l'avenir lire ? -Lundi 12 septembre 05 Une nouvelle catastrophe pour George W. Bush Lire ?

Une publication de l'I.r.i.s. ( Institut de relations internationales et stratégiques) :

La Chronique de Pascal Boniface (IRIS) JANVIER 2007 -

Nations Unies - le constat d’impuissance La liste des conflits, en ce début d'année, donne le tournis. Au milieu de ce chaos, l'ONU semble inexistante. Les Américains préfèrent exercer le pouvoir en solitaire. Le Sud Coréen Ban Ki-moon a succédé à Kofi Annan le 1er janvier à la tête de l'ONU. Il accède à un poste très en vue, mais hérite d'une situation peu enviable. Les crises et conflits se multiplient, et la situation de la planète, en termes de sécurité internationale, semble devenir tout simplement ingérable. Redoutable défi pour celui qui est à la tête d'une organisation dont l'objectif même est de préserver le monde des fureurs de la guerre. L'année 2006 aura connu une dégradation de la situation. Seuls les hyper-optimistes prévoient une amélioration pour 2007. Il y a les conflits très visibles de l'Irak, de l'Afghanistan et du Proche-Orient, et l'accentuation de la crise autour des programmes nucléaires iraniens. Le fossé entre les mondes occidental et musulman s'élargit un peu plus chaque année pour le plus grand bonheur des adeptes du " choc des civilisations ". Alors que la situation au Darfour est sortie du silence qui l'entourait, est venue s'ajouter la guerre soudaine entre l'Ethiopie et la Somalie. Si la situation s'améliore au Liberia et en Sierra Leone, elle reste fragile en Côte d'Ivoire et dans l'Afrique des Grands Lacs.

En Asie, deux confrontations potentielles de grande ampleur - entre les deux Corées, d'une part, entre la Chine et Taiwan, de l'autre - inquiètent. Le Japon a des relations compliquées tant avec la Chine qu'avec la Corée du Nord. Face à cet Etat, l'une des pires dictatures de la planète, au bord de la famine et dotée d'armes nucléaires, on se demande quelle est la menace la plus grave : le maintien en place du régime ou son effondrement rapide ? Le Caucase, l'Asie centrale, bouillonnent de conflits couvant sous la braise. Rare point positif dans ce paysage, la justice internationale - qu'il ne faut pas confondre avec la parodie qu'a constitué le procès de Saddam Hussein -, progresse et, pour la première fois, un ancien chef d'Etat africain, Charles Taylor, va être jugé pour crimes de guerre. C'est un signal bienvenu en faveur de la fin de l'impunité des tyrans. Or, dans le même temps, les crimes contre l'humanité se sont banalisés. Un peu partout dans le monde, les enfants, souvent enrôlés de force, paient un lourd tribut à la violence armée.L' ONU semble impuissante. Nous vivons dans un monde globalisé, mais il n'y a pas de gouvernance mondiale. La responsabilité américaine est, certes, grande, et il suffit de comparer l'action de Bush père à celle de son fils. Le premier célébrait un nouvel ordre mondial où les Nations Unies, libérées du fardeau de la Guerre froide, réaliseraient les objectifs de ses créateurs ; le second voit dans l'organisation mondiale un obstacle au libre exercice de la bienfaisante puissance américaine. Comment redonner du pouvoir à l'organisation mondiale lorsque le multilatéralisme est en crise ? Ce sera une lourde tâche pour Ban Ki-moon que de (re)donner du sens à la phrase. " Nous, peuples des Nations Unies ", par laquelle commence la Charte. par Pascal Boniface Directeur de l'IRIS

 

JANVIER 2007 - année 2006 : un bilan négatif

Les fins d’année sont propices aux bilans. Pour 2006, celui concernant les questions stratégiques est indiscutablement négatif. La situation globale est plus mauvaise en cette fin d’année qu’elle ne l’était à son début. Mais le pire c’est que l’on peut craindre de devoir faire un constat encore plus sombre à la fin de l’an prochain. La guerre du Liban est certainement l’événement le plus marquant de l’année 2006. Il constitue le dernier clou dans le cercueil de la stratégie américaine du Grand Moyen-Orient, censée amener démocratie et stabilité dans la région. Israël, qui se présente comme la seule démocratie du Proche-Orient, a choisi de répliquer à l’enlèvement de deux de ses soldats par le Hezbollah, par une offensive militaire tout à fait disproportionnée. Cela s’est traduit par un lourd bilan en terme de perte de vies humaines et de destructions matérielles. Mais le bilan stratégique est encore plus lourd. Le Hezbollah, parce qu’il n’a pas perdu, apparaît comme le vainqueur de la guerre. Israël, parce qu’il n’a pas gagné et rempli ses objectifs (notamment la libération des deux soldats, qui pourrait avoir lieu plus tard, grâce à un échange de prisonniers, et qui aurait pu éviter la guerre si on y avait procédé dès le début), apparaît dès lors comme le vaincu. Cette guerre censée détruire le Hezbollah l’a renforcé politiquement au Liban et a accru son prestige dans le monde arabe. Alors qu’elle était censée livrer un avertissement à l’Iran, elle lui a permis d’apparaître comme un acteur incontournable dans la région. La guerre du Liban, comme auparavant la guerre d’Irak, a montré le caractère contre-productif que peut avoir parfois la supériorité militaire, s’il conduit à l’aveuglement politique. Cette guerre a créé un débat au sein de la société israélienne, mais paradoxalement, les partisans de la manière forte ont été renforcés, et le résultat a été l’arrivée de l’extrême droite avec Avigdor Liberman dans le gouvernement israélien.

Les espoirs ou plutôt les illusions nées du retrait israélien de Gaza ont été réduits en poussière. Les puissances occidentales ont décidé de boycotter le gouvernement palestinien suite à la victoire électorale pourtant incontestable du Hamas aux élections de janvier 2006. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le message des Occidentaux a été brouillé affirmant promouvoir la démocratie tout en refusant d’en reconnaître les résultats s’ils ne sont pas conformes à leurs souhaits. La situation économique et sociale des Palestiniens s’est dégradée, au point que l’on recense connaître à Gaza un taux de 70% de la population en-deçà du seuil de pauvreté. En cette fin d’année, c’est donc la crainte de guerres civiles au Liban et dans les Territoires palestiniens qui se profile. Parallèlement, l’Irak y est déjà largement enfoncé. La violence s’y déchaîne un peu plus chaque jour. Les Américains ont enfin compris qu’ils ne pouvaient plus gagner cette guerre. L’Amérique a pour objectif une sortie rapide tout en n’aggravant pas la situation en Irak, soit deux objectifs contradictoires. Son crédit moral et stratégique est largement entamé. Il devrait désormais y avoir un syndrome irakien, comme il y eut un syndrome vietnamien. Si l’on y ajoute la dégradation de la situation en Afghanistan et le début d’un conflit entre l’OTAN et les Talibans, la période n’est pas à l’optimisme.

2006 aura confirmé également une tendance de fond : le fossé entre le monde occidental et le monde musulman se creuse. L’affaire dite des caricatures et la polémique sur les propos du Pape Benoît XVI sur le Coran ont montré que, si l’Occident et l’Orient sont sur la même planète, ils ne vivent parfois pas dans le même monde. Les partisans d’une ligne dure, d’un affrontement entre l’Occident et le monde musulman, gagnent méthodiquement des points. Il y a quelques années, l’affaire des caricatures de Mahomet parues dans un journal danois ou les propos du Pape sur la dimension belliqueuse de l’Islam n’auraient pas eu le même impact. Tout le monde s’élève contre le concept de guerre de civilisation mais il semble progresser un peu plus chaque année. Le problème est en effet que nous vivons dans un monde globalisé, mais qu’il n’y a pas de gouvernance mondiale. Quand à la Chine poursuit sa montée en puissance, mais c’est l’Inde qui a le plus gagné au cours de 2006 grâce à l’accord stratégique et nucléaire conclu avec Washington. Dans la compétition qu’elle entretient avec la Chine dans la course à la puissance, l’Inde reste loin derrière, mais elle a opéré un léger rattrapage cette année. La seule lueur d’espérance vient finalement de l’Amérique latine, qui avait connu des dictatures militaires et des guérillas, des années 60 aux années 80, puis une grande dépression économique à la fin des années 90. Elle a retrouvé la croissance et surtout vit désormais au rythme des alternances (ou confirmations) électorales. Les bonnes nouvelles sont trop rares pour n’être pas célébrées. par Pascal Boniface Directeur de l'IRIS

 

DECEMBRE 2006 - Guerre idéologique mondiale La France, petite puissance

Notre pays prétend jouer un rôle spécifique à l’international. Mais, ne se dotant pas de canaux pour faire passer ses messages, il pèse peu dans la conquête des opinions mondiales. Avec France 24, la France a conforté son secteur audiovisuel à destination de l’étranger. Espérons que la chaîne saura gagner son public et qu’elle ne sera pas prisonnière d’enjeux de politique intérieure. Même si la France comble une partie de son retard sur le terrain de l’information et de la communication internationale, elle reste à la traîne. France 24, avec son budget de 80 millions d’euros est loin derrière son homologue allemande, la Deutsche Welle, qui dispose de 260 millions. C’est un paradoxe. La France veut, depuis le début de la Ve République, jouer un rôle spécifique et autonome sur la scène internationale. Mais alors que, dans un monde globalisé, l’image d’un pays, le soft power, sa capacité d’influence sont devenus des facteurs essentiels de puissance, la France ne se donne pas les moyens de peser dans la conquête des opinions – certains diraient la guerre idéologique – qui se mène au niveau mondial. Le Qatar (600.000 habitants) consacre à cet objectif plus de moyens que la France. Cela ne serait pas si grave si cette conquête n’avait pour ambition de servir fidèlement le leadership américain. Mais peut-on prétendre avoir un message spécifique et ne pas se doter de canaux pour le faire passer ? Encore faudrait-il que la France s’organise pour la bataille des idées. La tradition régalienne veut que les contributeurs potentiels non-étatiques soient négligés. Les ONG françaises ont certes acquis une reconnaissance au niveau international. Mais leur action est davantage tournée vers l’aide humanitaire que vers l’ingénierie politique où les Anglo-saxons restent maîtres. Nos fondations politiques sont très chichement dotées, comparées à leurs consœurs allemandes : Friedrich Ebert ou Konrad Adenauer disposent de budgets d’environ 110 millions d’euros par an, contre 2,5 millions pour les fondations françaises Robert Schuman ou Jean Jaurès. Or, en termes d’aide à la démocratisation et d’influence, le travail des fondations est capital. Il n’existe pas en France de lieux pour accueillir des conférences de haut niveau, là où se forge l’opinion des décideurs internationaux et des experts de tous bords, à l’image de la Ditchley Foundation ou de Wilton Park en Angleterre. Les think tanks ne sont pas suffisamment développés et souffrent de disettes budgétaires. Les Pays-Bas, qui n’ont pas les prétentions stratégiques internationales de la France, ont en ce domaine une plus grande capacité qu’elle. La diplomatie parlementaire pourrait aussi être plus reconnue, et non pas considérée comme une source potentielle de complications. Si la France veut peser sur le cours de choses, elle doit réaliser que nous perdons des parts de marché dans la bataille de l’opinion mondiale. Il y a là des choix à faire qui sont plus d’ordre culturel que budgétaire, car les sommes en question sont réellement marginales par rapport aux enjeux. par Pascal Boniface Directeur de l'IRIS découvrir l'iris ?

 

DECEMBRE 2006 - Les clés du puzzle libanais

© afp - L'assassinat de Pierre Gemayel, ministre de l'industrie et membre d'une des plus importantes familles chrétiennes maronites du Liban, fait craindre une déstabilisation supplémentaire de ce pays. La Syrie est-elle en train de vouloir reprendre le contrôle du pays? Le Liban risquerait-t-il de s'enfoncer de nouveau dans une guerre civile qui opposerait cette fois le Hezbollah chiite pro-syrien à une alliance chrétiens, musulmans sunnites et druzes, adversaires de Damas ? Avec l'assassinat de Pierre Gemayel, c'est le seizième attentat contre des personnalités anti-syriennes mené depuis deux ans. Les soupçons se sont immédiatement portés sur Damas. La Syrie, jouant sur la théorie du complot si souvent en vogue au Proche-Orient, souligne qu'elle est la perdante de l'affaire. Alors qu'on parlait de sa réintégration dans le jeu régional, acceptée par les Américains en échange d'une aide indirecte sur le dossier irakien, elle est de nouveau mise en accusation. Le Hezbollah, qui avait fait démissionner ses ministres pour empêcher justement l'approbation du tribunal international, a été empêché de manifester contre le gouvernement. Ce dernier a au contraire été renforcé, et 800.000 personnes (soit le cinquième de la population) ont participé, dans la dignité, aux obsèques de Pierre Gemayel. Les chrétiens, qui étaient divisés, ont montré leur unité.

Le Liban peut-il replonger dans la guerre civile qui a failli conduire le pays à sa perte dans les années 80 ? Quelques indices peuvent le laisser craindre : il y a de nouveau des clivages ethnico-confessionels très vifs, tout comme des puissances extérieures régionales ou non (Syrie, Israël, Iran, France, Etats-Unis) aux agendas bien différents. Mais l'histoire pourrait avoir, pour une fois, porté ses fruits : les Libanais ne veulent pas d'un suicide collectif. Les chrétiens sont conscients d'ailleurs qu'un nouveau déchirement risquerait de les emporter durablement, voire définitivement. Le Hezbollah, à la croisée des chemins, est considéré comme étant à la fois un mouvement national libanais profondément enraciné dans le pays, et un allié de la Syrie et de l'Iran. Selon qu'il privilégie l'un ou l'autre aspect, il peut ou non être un facteur déclenchant d'une nouvelle guerre civile. L'intérêt de la coalition du 14 mars, le front anti-syrien, devrait être de ne pas le pousser à des extrémités irréversibles.

Le Hezbollah peut être tenté de jouer la carte nationale, les tendances démographiques et politiques jouant en sa faveur. Mais penser qu'on pourra avoir un règlement global sur le Liban en l'absence d'un règlement global au Proche-Orient est illusoire. Le Liban est, entre autres, la victime indirecte du conflit israélo-palestinien. Tant que celui-ci ne sera pas résolu, le Liban ne pourra pas vivre une paix véritable et durable. Tony Blair a absolument raison de souligner avec constance qu'on ne pourra pas avancer vers une stabilisation de la région tant qu'on n'avancera pas sur le dossier israélo-palestinien. Irak, Liban, Palestine : chaque dossier est isolément extrêmement complexe. Mais leur solution est interconnectée. L'enjeu majeur pour Blair est que, si son analyse est stratégiquement impeccable, il a jusqu'ici toujours été incapable de la faire partager par George W. Bush, ou peut-être seulement verbalement. Tant que ce dernier ne voudra pas se saisir à bras le corps du dossier israélo-palestinien, il y a plus de risques que la situation stratégique globale dans la région ne s'améliore pas, mais au contraire se dégrade.par Pascal Boniface Directeur de l'IRIS découvrir l'iris ?

 

Novembre2006 - Dérives israéliennes et silence des européens

Les opérations militaires israéliennes dans la Bande de Gaza continuent. Les plus récentes ont été dénommées (avec cynisme ou mépris ?) " Nuages d'automne " par Tsahal. Depuis juillet, elles ont fait plusieurs centaines de morts, dont de nombreux civils, parmi les Palestiniens, dans la plus parfaite indifférence de la communauté internationale. Les médias internationaux, qui au moins ont rendu compte de la guerre du Liban, y portent une attention pour le moins limitée, comme si l'on devait s'habituer à la banalité de la violence. Comme si surtout le sort des Palestiniens n'intéressait plus personne, qu'ils étaient plus que jamais abandonnés. Les puissances internationales ne font même plus semblant de croire à la mise en œuvre d'une solution pacifique de ce conflit ou au respect des règles du droit international. Mais, de surcroît, elle ne semblent même plus s'émouvoir de la situation concrète sur le plan humain des Palestiniens. Il y a quelques années, en effet, une opération militaire de ce type aurait suscité une très forte réaction de la communauté internationale, contraignant Israël à modifier sa politique. Plus rien de tel aujourd'hui, comme si le monde accordait à Israël un blanc-seing.

Ceux qui avaient espéré une amélioration de la situation après le retrait unilatéral de l'armée israélienne de Gaza voient leurs illusions dissipées. La situation est bien pire qu'avant. Gaza est complètement bouclée et constitue une véritable prison à ciel ouvert. Il y a eu officiellement un retrait de Gaza mais ses habitants ne peuvent pas en sortir, ne peuvent pas exporter leurs produits et doivent subir les raids répétés de l'armée israélienne. Si l'aide internationale continue d'être acheminée, fût-ce par des canaux différents d'auparavant, du fait du refus européen de financer directement un gouvernement dirigé par le Hamas, elle ne compense pas l'étouffement économique. L'aide accordée aux Palestiniens n'est pas un geste de générosité. C'est une faible compensation de l'impossibilité des Palestiniens d'avoir une activité économique normale du fait des blocages politiques. Car si les Palestiniens pouvaient avoir une activité économique normale, ils n'auraient pas besoin d'aide. Plus marquantes encore on été les absences de réactions internationale à l'entrée au gouvernement israélien, de l'extrémiste Avigtor Lieberman, chef du Parti Israël Beitenou. Cet élargissement du gouvernement Olmert est une conséquence indirecte de la guerre du Liban. Conséquence pour le moins paradoxale, dans la mesure où cette guerre a montré l'échec total des solutions s'appuyant principalement sur la force pour résoudre des problèmes politiques. Elle a eu pourtant pour effet de renforcer les partisans de la manière forte et de les faire entrer au gouvernement.

Celui qui vient de rejoindre le gouvernement n'est pas un ministre parmi tant d'autres. Le grand historien israélien, Zeev Sternhell, professeur à l'Université hébraïque l'a présenté comme étant " peut-être l'homme politique le plus dangereux dans l'histoire de l'Etat d'Israël ". Lieberman avait menacé en janvier 2001, en cas d'attaque palestinienne, de bombarder Beit Jala (un faubourg de Bethléem), Téhéran, le Caire, et le barrage d'Assouan. En octobre 2003, il déclarait : " Si nous nous trouvons obligés de détruire tous les champs, outre Damas et Beyrouth, nous le ferons ". En juillet de la même année, à propos des milliers de prisonniers palestiniens, il disait : " Il vaut mieux noyer ces prisonniers dans la Mer morte, si possible, puisque c'est le point le plus bas du monde ". Celui qui est parfois appelé " le Tsar Raspoutine ", du fait de ses origines slaves, a suggéré que l'armée israélienne applique à Gaza les méthodes employées par l'armée russe en Tchétchénie. Voilà celui qui vient d'être nommé Vice-premier ministre, chargé des affaires stratégiques. Cependant, en Israël même, un ministre, celui de la Culture, Ofir Pines-Paz, a démissionné pour ne pas siéger aux côtés du raciste Lieberman, mais son cas est bien isolé. Les pays de l'Union européenne, qui avait si vivement critiqué l'arrivée du Parti d'extrême droite au gouvernement en Autriche ne se sont pas cette fois signalés. Comment expliquer ce silence des gouvernements occidentaux, d'habitude si prompts à condamner les dérives racistes ou extrémistes ? Comment ne pas voir que ce silence coupable va accréditer l'idéee " deux poids, deux mesures " si répandue dans le Monde arabe et musulman ? Comment ne pas voir que l'absence de réaction forte face à la montée de l'extrême droite est une trahison à l'égard des Israéliens pacifistes et attachés à la défense des droits de l'homme ? par Pascal Boniface Directeur de l'IRIS

 

Novembre2006 - Un Proche-Orient qui divise les présidentiables
©AP/La politique étrangère n'oppose plus droite et gauche en France. Le clivage se fait à l'intérieur de chaque camp entre adversaires et partisans de la guerre anti-terroriste conduite par les Etats-Unis.La politique étrangère risque de jouer un rôle plus important que d'habitude lors de la campagne présidentielle. Tout d'abord parce que les Français s'y intéressent de plus en plus. Qu'ils le déplorent ou qu'ils s'en félicitent, ils sont conscients de l'impact de la mondialisation et de ses conséquences économiques, sociales ou sécuritaires sur leur vie quotidienne.De surcroît, le consensus traditionnel sur ces sujets n'existe plus. Les grandes orientations stratégiques de la Vème République qu'on a baptisées le " gaullo-mitterrandisme " sont maintenant contestées. Et le clivage n'oppose plus la droite à la gauche, mais passe à l'intérieur de chaque camp.Il y a ceux qui prônent un rapprochement avec les Etats-Unis au nom de l'alliance des démocraties et de la solidarité occidentale. Une ligne qu'incarnent aussi bien Nicolas Sarkozy que Dominique Strauss-Kahn en rupture avec la tradition française. Ils prônent la fin de ce que l'on appelle " la politique arabe de la France ", perçue comme étant avant tout une compromission avec des régimes peu recommandables. Ils sont favorables à un rapprochement accentué avec Israël, présenté comme la seule démocratie du Proche-Orient. La question palestinienne serait de ce fait reléguée à l'arrière-plan.

En face, aussi bien à droite qu'à gauche, il existe une opposition farouche à cette volonté de rupture. Ségolène Royal et Laurent Fabius sont très critiques sur la façon dont les Etats-Unis mènent la guerre contre le terrorisme. Ils pensent que George W. Bush contribue plus à aggraver le problème qu'à le résoudre. Ils ne sont pas anti-américains, mais largement opposés à la politique étrangère de Bush, comme l'est, selon eux, la majorité des Français.Au sein de l'UMP, le positionnement de " Sarko l'Américain " fait grincer les dents de ceux qui veulent réaffirmer les principes gaullistes, comme Dominique de Villepin et Michèle Alliot-Marie. La Ministre de la Défense a d'ailleurs tenu à réaffirmer fortement les principes de l'autonomie de la France lors de son séjour aux Etats-Unis.Néo-gaullistes et néo-mitterrandistes partagent la même crainte : que la dénonciation de certains aspects de la politique arabe de la France ne soit un prétexte pour cesser d'avoir une politique active dans la région et y perdre des positions. Les premiers privilégient l'approche de gouvernement à gouvernement, et les seconds préfèrent renforcer les contacts avec les sociétés civiles. Mais tous pensent que la France doit redéfinir et réaffirmer une politique spécifique dans la région, pas l'abandonner. par Pascal Boniface Directeur de l'IRIS

 

Octobre 2006 - un mauvais coup à la politique de non-prolifération des armes nucléaires
Selon de nombreux services de renseignements, la Corée du Nord a procédé à un essai nucléaire le 8 octobre 2006 malgré les demandes unanimes de la communauté internationale pour qu’elle y renonce. Certes, cela faisait déjà quelques temps que l’on savait que Pyongyang disposait d’armes nucléaires. Elle l’avait elle-même ouvertement proclamé en février 2005. Cet essai ne change donc pas en lui-même radicalement la donne stratégique en créant un Etat atomique de plus. Mais il vient officialiser son statut d’Etat doté d’armes nucléaires, ce qui donne un aspect plus difficilement réversible à cette situation. La Corée du Nord avait ratifié le TNP (Traité de Non-Prolifération des armes nucléaires) mais s’en était par la suite retirée en 2003, selon les modalités prévues par le Traité. Officiellement donc, il n’y a pas de violation du TNP.Il n’en reste pas moins que cette annonce est un mauvais coup à la politique de non-prolifération des armes nucléaires et peut susciter des inquiétudes pour la sécurité asiatique. Vu la nature du régime nord-coréen – l’un des plus dictatoriaux et fermé du monde -, et la situation en Asie – division de la Corée, sensibilité particulière du Japon vis-à-vis de l’arme atomique – l’affaire est d’importance. Tout ceci à l’heure où le nouveau Premier ministre japonais, Monsieur Abe, à peine entré en fonction, réserve son premier voyage à l’étranger à la Chine, et non, comme c’est la tradition aux Etats-Unis, et que le Ministre sud-coréen des affaires étrangères est sur le point d’être confirmé comme futur Secrétaire général des Nations-Unies.

Pyongyang affirme haut et fort qu’il n’a que faire de l’avis des autres Etats et que son isolement quasi complet ne l’inquiète pas outre mesure. Même la Chine, protectrice de longue date du régime nord-coréen a condamné l’essai. Mais elle a été impuissante à l’empêcher, ce qui est un revers pour elle. Il a constitué un motif supplémentaire pour accélérer les négociations stratégiques avec le Japon avec lequel les relations sont pourtant difficiles. Evidemment les voisins japonais et sud-coréens ont protesté ainsi que les Etats-Unis, la Russie et l’ensemble des pays de l’Union européenne. Le problème est que les moyens de pression sur la Corée du Nord sont très faibles. Le fait même que ce pays soit autarcique, sans ressources, au bord de la faillite, que sa population souffre de sous-alimentation, constitue paradoxalement un atout pour le régime. Celui-ci n’a en effet rien à perdre, sauf le pouvoir. Il fera tout pour se maintenir, sachant qu’il ne peut le faire que par la force, et l’arme nucléaire apparaît comme un moyen de ne pas être inquiété. Le régime de Kim Jong Il ne craint pas que sa population soit encore plus soumise qu’avant aux restrictions. Son bien-être a toujours été le cadet de ses soucis. Et il espère sanctuariser son régime et le mettre à l’abri des menaces extérieures avec une capacité nucléaire reconnue. Personne ne prendra le risque d’attaquer militairement un régime à la fois aux abois et doté d’armes nucléaires. L’affirmation de sa capacité nucléaire renforce ainsi ses marges de manœuvres dans la relation avec les autres pays. Il ne peut pas craindre des sanctions économiques car il ne peut pas être plus en faillite qu’il ne l’est aujourd’hui. Il joue vis-à-vis de l’extérieur sur sa capacité de nuisance. Les Sud-Coréens n’ont aucune envie de voir un exode massif de Nord-Coréens fuyant leur pays. Malgré les vœux officiels,