La
Chronique de Pascal
Boniface (IRIS)
directeur de
l’Institut de relations internationales
et stratégiques
(www.iris-france.org)
en partenariat avec pacainfoeco.com

Armées
: le budget fou de Bush : 123 milliards
de dollars

010307.pacainfoeco.com - Six
cent vingt-trois milliards de dollars. C'est le chiffre
astronomique des dépenses militaires américaines
pour 2008. Il comprend le budget ordinaire du Pentagone
et le surcoût de la guerre d'Irak. Il est en
augmentation de 10,5 % par rapport à l'année
précédente et de 62 % par rapport à
2001. Malgré cela, les chefs d'état-major
des trois armes se plaignent de n'avoir pas suffisamment
d'argent pour le système de communication satellitaire
de pointe Tsat et déplorent la diminution du
nombre de navires de guerre. Mais quelle serait l'ampleur
d'un budget acceptable pour eux ? Les Etats-Unis devraient
dépasser la barre des 50 % de dépenses
militaires. A eux seuls, ils sont responsables de
80 % de la hausse mondiale des dépenses militaires
mondiales. Pendant la guerre du Vietnam, les dépenses
militaires représentaient 9,4 % du PNB américain.
Elles ne sont aujourd'hui que de 4 %, mais c'est une
remontée puisqu'elles n'étaient que
de 3 % avant le 11-Septembre. La guerre d'Irak a d'ores
et déjà coûté aussi cher
que celle du Vietnam, soit 660 milliards de dollars.
C'est
bien une nouvelle course à
l'armement qu'ont lancée les
Etats-Unis, mais une course solitaire
et bien inutile. En 1989, avant la
chute du mur de Berlin, les Etats-Unis
avaient, en dollars constants, dépensé
450 milliards de dollars. La guerre
contre le terrorisme coûte donc
bien plus cher que celle contre l'Union
soviétique. La Chine, même
si les statistiques peuvent n'être
pas tout à fait fiables, réalise
moins de 40 milliards de dollars en
dépenses militaires, ce qui
la place dans un rapport de 1 à
10, voire moins, avec les Etats-Unis.
Si les dépenses militaires
chinoises ont triplé depuis
dix ans, elles restent bien modestes
comparées à celles des
Etats-Unis. Tandis qu'avec 18 milliards
de dollars, la Russie est loin derrière.
L'Iran, qui fait si peur aux Etats-Unis,
dépense 4,5 milliards par an
! Le Royaume-Uni 50, le Japon 45,
la France 41 et l'Inde 22 milliards.
Tous sont des nains militaires par
rapport aux Etats-Unis. Mais ces derniers
en tirent-ils un avantage si évident
?
A
quoi peut servir cette véritable
gabegie ? L'augmentation exponentielle
des dépenses militaires américaines
est un défi à toute
rationalité. George W. Bush
peut-il dire, au moment où
les besoins sociaux de son pays sont
importants, où il ne semble
pas que l'on ait tenu compte des leçons
de l'ouragan Katrina, que c'est par
ce biais qu'il peut réellement
améliorer la sécurité
de ses compatriotes ? Concrètement,
les Etats-Unis sont-ils plus en sécurité
aujourd'hui qu'il y a six ans ? C'est
loin d'être certain. Faut-il
rappeler que la menace terroriste
est par définition asymétrique
et que les attentats du 11-Septembre
n'ont coûté «que»
100 000 dollars, selon un rapport
de l'Organisation des Nations unies
? L'irrationalité semble aux
commandes. Plus Washington augmente
ses dépenses militaires, plus
il est tenté d'utiliser la
force et plus il développe
l'hostilité à son égard,
et donc son insécurité.
Comment ne pas voir que l'approche
du tout-militaire qui semble guider
la réflexion des Etats-Unis
est une impasse non seulement pour
eux-mêmes, mais aussi pour le
monde entier ? Les 660 milliards dépensés
pour la guerre d'Irak ne sont pas
venus augmenter la sécurité,
mais au contraire ont développé
l'insécurité et la violence.
N'auraient-ils pas été
mieux utilisés à des
fins de développement, d'éducation
ou de santé publique ? L'Organisation
mondiale de la santé estime
à 25 milliards de dollars par
an l'effort nécessaire pour
éradiquer le sida, la malaria
et les maladies établies grâce
à la vaccination. Cet argent
n'est pas réuni et des millions
de personnes, dont de nombreux enfants,
en meurent chaque année.
Les
Etats-Unis, avec leur armée,
sont très économes avec
les pays du Sud. Alors que les Nations
unies ont fixé à 0,7
% du PNB des pays riches le niveau
nécessaire de contribution
à l'aide publique au développement
pour éradiquer la misère,
Washington ne consacre que 0,13 %
à cet objectif.
Faut-il
d'ailleurs rappeler qu'en 2006, le
chiffre total de l'aide publique mondiale
au développement a été
de 100 milliards de dollars, dont
19 milliards qui concernent l'allègement
massif de la dette irakienne ? L'Irak
aura donc, outre le coût de
la guerre, représenté
cette année un cinquième
de l'aide publique au développement.
L'ONU
estime qu'avec 15 milliards de dollars
par an, on pourrait fournir de l'eau
potable à l'ensemble des habitants
de la planète, avec 20 milliards
on pourrait éliminer la sous-alimentation,
tandis qu'avec 12 milliards on fournirait
une éducation de base à
chaque enfant. Imaginons que les Etats-Unis
prennent en charge ne serait-ce qu'un
de ces objectifs, au lieu d'augmenter
leurs dépenses militaires,
la popularité qu'ils en tireraient
serait une bien meilleure contribution
à leur propre sécurité.
Pascal Boniface
(IRIS) directeur
de l’Institut de relations internationales
et stratégiques
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