La Chronique de Pascal
Boniface (IRIS)
directeur de l’Institut
de relations internationales et stratégiques
(www.iris-france.org)
en partenariat avec pacainfoeco.com

Sarkozy
entre alliance et indépendance

10
décembre 2007 .irisfrance/pacainfoeco
- Lors
de son voyage aux États- Unis, Nicolas Sarkozy
a réaffirmé son souhait de restaurer
le lien franco-américain. Peut-on parler d'un
alignement atlantiste? La diplomatie de la Ve République
s'est construite sur la base d'une indépendance
à l'égard des États-Unis rendue
possible par la possession d'une force de dissuasion
nucléaire.
Mais,
dans le même temps, au cours des plus graves
crises, la France a justement pu, grâce à
cette indépendance, être l'allié
le plus déterminé. Ce fut le cas, lors
de la crise du mur de Berlin (1961), des fusées
de Cuba (1962), mais aussi lors de la crise des euromissiles
dans les années 1980.
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C'est
parce que les États-Unis, pour la première
fois, n'ont pas pu compter sur la France dans une
crise majeure, lors de la guerre d'Irak, qu'ils ont
eu un sentiment de trahison. Ils s'estimaient attaqués
et la France n'était pas présente à
leurs côtés. Paris estimait en effet
que cette guerre était une grave erreur et
qu'elle était source d'insécurité
majeure pour l'avenir. L'ironie de l'histoire, c'est
que désormais, y compris aux Etats-Unis, une
grande majorité s'accorde à reconnaître
que c'est la France qui avait raison. Néanmoins,
Jacques Chirac reste largement diabolisé outre-Atlantique.
Il a eu beau tenter, après 2005, de reprendre
des initiatives, de relancer la coopération
- qu'il s'agisse de la coopération des services
secrets contre le terrorisme, de la résolution
conjointe 1559 sur le Liban, de la participation à
la guerre d'Afghanistan ou d'une démarche conjointe
euroaméricaine sur l'Iran -, Jacques Chirac
a conservé une image négative.
Nicolas
Sarkozy qui, tout en approuvant la position de Jacques
Chirac sur la guerre d'Irak, ne cesse d'affirmer son
admiration pour l'Amérique, bénéficie,
lui, d'un fort courant de sympathie. Lors de son discours
au Capitole, Nicolas Sarkozy, à la manière
d'un homme politique qui dit ce que les électeurs
aiment entendre, a tout d'abord voulu flatter l'ego
américain. Il a salué l'intervention
décisive des États-Unis dans les deux
guerres mondiales, puis au cours de la guerre froide,
indiquant que les Américains s'étaient
sacrifiés, non pas pour défendre leur
propre liberté, mais la liberté des
autres.
Ces
paroles coulent comme du miel dans la bouche des Américains,
dans la mesure où, plus que tout autre peuple,
ils ont le sentiment de s'être constamment mis
au service des autres et de n'avoir pas, contrairement
aux Européens, agi sur la scène internationale
en suivant leurs propres intérêts. Or,
il convient de rappeler que si leur intervention a
été décisive, elle a été
tardive dans les deux guerres mondiales. Dans les
deux cas, les États-Unis ont réagi après
avoir été agressés et pour défendre
leurs intérêts. Au cours du clivage Est-Ouest,
s'ils ont permis à l'Europe de l'Ouest de se
relever et de se défendre, il s'agissait bien
de le faire au nom des intérêts de la
puissance américaine pour contrer le rival
soviétique.
Nicolas
Sarkozy, alors qu'il y avait un doute sur l'avenir
de la présence militaire française en
Afghanistan, a indiqué qu'elle serait maintenue.
Un retrait français serait en effet vécu
comme la fin de la solidarité occidentale en
Afghanistan, et Nicolas Sarkozy estime qu'il ne peut
pas donner ce signal, même si les responsables
militaires à Paris 'accordent à reconnaître
que l'on est dans une impasse stratégique,
au minimum, dans ce pays. S'il a rappelé que
l'Iran ne devait pas se doter de l'arme nucléaire,
il a mis en avant l'exemple de la Corée du
Nord pour montrer que la prolifération n'était
pas une fatalité. Or, c'est bien par la négociation
et par l'ouverture que le problème coréen
a été résolu et non par des sanctions,
et encore moins par une action militaire. Nicolas
Sarkozy a donc plaidé en faveur de ceux qui,
aux États-Unis, estiment que la solution miliaire
n'est pas de mise.
Lui
qui se présente comme l'ami d'Israël,
qui ne s'est jamais rendu dans les Territoires palestiniens,
et qui n'entend pas que la question palestinienne
vienne gêner la relation bilatérale franco-israélienne,
a mis en garde sur le fait qu'un statu quo dans la
région ne servirait qu'à renforcer le
Hamas et à alimenter la propagande des terroristes
qui veulent dresser l'islam contre l'Occident.
Il
a également déclaré que plus
l'Europe de la défense sera aboutie, plus la
France sera résolue à reprendre toute
sa place dans l'Otan. Cela signifie donc qu'il n'y
aura réintégration de la France qu'à
condition que l'Otan change profondément et
ne soit plus un obstacle à la mise en place
de l'Europe de la défense, objectif constant
de la diplomatie française depuis 1958.
Comme
un rappel, il a ainsi déclaré qu'il
voulait être un ami debout, un allié
indépendant, un partenaire libre, une position
tenable tant qu'il n'y a pas de crise stratégique
majeure. Le rapprochement franco-américain
existe donc, mais ne constitue en rien, à ce
stade, un ralliement. Pour ceux qui le souhaitent,
comme pour ceux - majoritaires -qui le craignent,
il est prématuré de l'annoncer.
Pascal Boniface Directeur
de l'IRIS
Une
publication de l'I.r.i.s.
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