La Chronique de Pascal
Boniface (IRIS)
directeur de l’Institut
de relations internationales et stratégiques
(www.iris-france.org)
en partenariat avec pacainfoeco.com

Guerres, exodes,
coups d’état : les zones de conflits
sont partout en Afrique. le football reflète,
a sa façon, toutes ces tensions
scanfoot
Les
matchs entre le Togo et le Mali se sont soldés
par de véritables chasses à l'homme.
Pire encore que ce que l'on peut voir en Europe.
Pire,
je ne sais pas… Rappelez-vous simplement le
match entre le PSG et Tel Aviv en novembre 2006. La
différence se trouve plutôt dans la prise
en charge du problème. Et dans ce cas précis,
je ne comprends pas la mansuétude des autorités.
Des supporters maliens ont été tabassés
sur la pelouse et en ville. Qu'est-ce qu'on propose
? Le Togo ne pourra pas disputer ses trois prochaines
rencontres d'éliminatoires de la Coupe du Monde
2010 à domicile. C'est tout ! Je trouve cela
scandaleux. Sous prétexte que cela se passe
en Afrique et qu'il faut être compréhensif,
on passe l'éponge sur des événements
qui auraient pu être dramatiques. Le pouvoir
n'a rien fait pour prévenir ces incidents et
pas grand chose pour les faire cesser.
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50
idées reçues sur l’état
du monde
Pascal
Boniface
Découvrir
?
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Serait-ce
parce que le football est souvent utilisé comme
outil de propagande ?
C'est
vrai, mais ce n'est pas seulement en Afrique. On peut
trouver des exemples partout. A commencer par la France.
Que s'est-il passé de si différent lors
de la Coupe du Monde de rugby ? On a vu Nicolas Sarkozy
qui assistait aux matchs en compagnie de plusieurs
ministres. Et évidemment, ils espéraient
tous tirer un profit politique d'une bonne campagne
de la France. Mais ce sont là des paris risqués.
En cas de défaite, surtout. Et même en
cas de victoire. On peut être fervent supporter
de son pays sans adhérer forcément à
la politique du gouvernement. En Afrique comme ailleurs.
Le Togo s'est qualifié pour la Coupe du Monde
2006, mais de là à ce que la population
signe un blanc-seing au Président Faure Gnassingbé…
Parfois,
cette compromission des pouvoirs sportifs et politiques
aboutit à des extrêmes. On a vu des joueurs
se faire jeter en prison pour un mauvais match.
Le
football n'est rien d'autre que le reflet de la société.
Les cas que vous évoquez concernent des pays
dont les régimes étaient répressifs.
Il n'y a pas qu'en Afrique que des cas similaires
ont été signalés. Ouddaï
Hussein, l'un des fils de Saddam, n'avait pas supporté
une défaite de l'équipe irakienne. Et
il avait obligé les joueurs à s'entraîner
avec un ballon en pierre ! Si un régime est
répressif avec son peuple, il est logique qu'il
le soit aussi avec son équipe de football.
Lors
du conflit en Côte d'Ivoire, les belligérants
ont plusieurs fois tenté de récupérer
les joueurs de l'équipe nationale, lesquels
n'ont jamais cédé. Qu'en pensez-vous
?
Je
pense que, pour le coup, les internationaux ivoiriens,
chrétiens ou musulmans, ont adopté un
comportement très intelligent. Ils répondaient
à ces tentatives de récupération
par un argument simple, en demandant aux parties en
guerre de se rapprocher et de faire la paix. J'ai
en mémoire l'appel de Didier Drogba au soir
de la qualification pour la Coupe du Monde 2006 lors
d'un match au Soudan, et qui avait profité
de la présence d'une caméra pour demander
un retour à la paix. Les joueurs ont profité
de leur aura pour faire passer le message.
Mais
ce ne sont pas eux qui ont permis à la Côte
d'Ivoire de retrouver une stabilité relative
?
Non,
ce serait faux de l'affirmer. Tout comme il serait
faux de dire que le football n'a joué aucun
rôle dans le processus de réconciliation
nationale. En juin, Drogba avait oeuvré pour
que le match entre la Côte d'Ivoire et Madagascar
(5-0) ait lieu à Bouaké, la ville des
rebelles. Ils ont donc eu une influence, j'en suis
persuadé.
Comment
analysez-vous le fait que la plupart des sélections
nationales soient confiées à des entraîneurs
étrangers ?
S'il
y a autant de sélectionneurs étrangers
en Afrique, c'est essentiellement pour deux raisons.
D'abord, parce que les techniciens européens
sont en général mieux formés
sur le vieux continent, ce qui rassure les fédérations
africaines. De plus, on se doute qu'un étranger
sera forcément moins sensible aux aspects ethniques
ou culturels que ne pourrait l'être un entraîneur
local.
En
1992, la Yougoslavie avait été exclue
de l'Euro en Suède en raison de la guerre dans
la Balkans. Le Soudan, qui s'est qualifié pour
le CAN, devrait-il subir le même sort ?
On
pourrait se faire plaisir en demandant son exclusion.
Mais cela changerait-il quelque chose à la
situation au Darfour? La tendance actuelle est au
boycott. C'est devenu un réflexe pavlovien
de parler de boycott ou d'exclusion. Celle-ci pourrait
se justifier si le Soudan refusait de s'asseoir à
la table des négociations. Or, ce n'est pas
le cas.
On
entend souvent que la CAN est ce qu'il y a de mieux
pour améliorer l'image de l'Afrique. N'est-ce
pas un peu réducteur ?
Bien
sûr. La CAN, devenue très médiatique,
est la preuve que l'Afrique peut organiser de grands
évènements, qu'elle peut accueillir
des milliers de visiteurs, que ses infrastructures
hôtelières fonctionnent, etc. Cela se
vérifiera avec la Coupe du Monde 2010, qui
a été attribuée à l'Afrique
du Sud, également pour des raisons politiques,
il ne faut pas le nier. Quand Nelson Mandela, l'un
des hommes les plus populaires au monde, se fait l'ambassadeur
d'un tel dossier, les chances de succès grandissent.
Pourtant, il n'y a pas que le football qui puisse
donner une bonne image de ce continent. Des pays se
sont ouverts à la démocratie et certaines
économies sont en pleine croissance.
En
même temps, la Coupe du Monde 2010 en Afrique
du Sud inquiète, puisqu'elle se déroulera
dans l'un des pays les plus criminogènes de
la planète…
Il
faut bien sûr en tenir compte, mais les Etats-Unis
eux aussi ne sont pas le pays le plus sûr du
monde, pourtant ils ont organisé le Mondial
en 1994 sans problèmes. L'Etat fera le nécessaire.
Et les Sud-Africains, dans un élan de nationalisme,
ne voudront pas laisser une mauvaise image au reste
du monde. L'Afrique toute entière sera derrière
le pays organisateur.
Pascal Boniface Directeur
de l'IRIS
pour
Vie & sports
Une
publication de l'I.r.i.s.
( Institut de relations internationales et stratégiques)
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