QUARTIER LIBRE
à Laurence
ROUVIER 

La mémoire : un orchestre à l’unisson
(c) Centre Hospitalier Universitaire Vaudois (CHUV), Lausanne
Méconnue et pourtant si familière, la mémoire stocke, encode, se renouvelle et structure ce que nous sommes. Loin d’être un tintamarre, elle s’organise comme un véritable orchestre et doit sonner juste. Une prouesse renouvelée à chaque respiration…
230508.pacainfoeco.com - La mémoire serait ce morceau de musique répété pendant des heures au point que même oublié pendant un temps, on puisse le rejouer facilement. Elle est une des propriétés les plus passionnantes du cerveau. Indissociable de notre identité, connaissance, intelligence, motricité, sentiment…, elle est vivante et en perpétuel mouvement. Son dynamisme fait de nous, des êtres capables de s’adapter à toutes les situations. Appelée flexibilité mentale, cette faculté est indispensable pour entretenir dans le temps, à son tour, la mémoire.
La mémoire serait donc une fonction qui s’auto régénère, pour peu que l’on en prenne soin, et dont la structure clé dans le cerveau serait l’Hippocampe. Elle capte, code, analyse, conserve et restitue perceptions et informations reçues. Ces processus mnésiques, processus cellulaires différents, font appel à plusieurs sites du cerveau impliqués dans le traitement des données et de ce fait, il n’existe pas une, mais des mémoires. Mémoire sensorielle, mémoire à court terme (immédiate, jusqu’à 30 secondes) et mémoire à long terme (implicite et explicite).
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Comparaison de l'activité cérébrale entre hommes et femmes, alors qu'on leur lit un roman. Chaque image est la moyenne de 10 personnes, observés par IRM. En rouge, figurent les zones du cerveau qui reçoivent un afflux de sang durant l'écoute, signe d'activité. Les femmes se montrent beaucoup plus symétriques que les hommes (c)Indiana University School of Medecine
Il n’existe pas une, mais des mémoires
La mémoire sensorielle correspond pratiquement au temps de perception d’un stimulus par nos organes sensoriels. On distingue la mémoire sensorielle visuelle (iconique) et auditive (échoïque), mais aussi tactile (haptique). La combinaison de ces différentes perceptions identifie l'information.
La mémoire à court terme peut contenir en moyenne sept éléments d’information pendant quelques secondes. Elle utilise aussi des données provenant d’autres formes de mémoire, et actualise, ajuste l’information jusqu’à obtention de celles souhaitées. ce procédé se nomme mémoire de travail.
La mémoire à long terme correspond à notre conception intuitive et donne du sens. Elle ne connaît pas de limites de capacité ou de durée de mémorisation. Plusieurs distinctions ont été établies. La mémoire explicite, consciente, déclarative, celle dont on peut se rendre compte. Elle se divise en mémoire épisodique, sa propre histoire émotionnelle, spatiale ou temporelle ; et en mémoire sémantique, la mémoire des connaissances, celle que l’on exprime avec le langage.
La mémoire implicite, inconsciente, celle qui se réfère à des automatismes, est procédurale. Elle permet l’acquisition et l’utilisation de savoir-faire, de compétences motrices comme faire du vélo, pratiquer un sport… Elle est émotionnelle (stimulus-réponse) : un aliment nous a rendu malade alors on ne le mangera plus, on le rejette. On évoque aussi la mémoire d’habituation. Des réponses réflexes induites par répétition d’un stimulus constant. Dans tous les cas, la probabilité de mémorisation en mémoire à long terme dépendrait uniquement de la durée de présence d’une information en mémoire à court terme.
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à gauche : Reconstituées en 3D sur ordinateur à partir d'images de résonance magnétique (IRM): le cerveau d'une personne victime de la maladie d'Alzheimer (en haut) comparé à un cerveau normal en bas .
(c) UCLA Lab. Neuroimaging
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L’oubli peut être salvateur
L’individu se construit au travers de toutes ses mémoires. Interactives, elles s’apparentent à des réseaux et ressembleraient par analogie au disque dur d’un ordinateur. Excepté que ! L’homme est fait d’émotions, de motivations, de stress, d’attention, de fatigue… Bref, d’humeurs. Un trait de caractère inscrit dans la mémoire humaine, et non dans celle d’un ordinateur.
« J’ai fait cela », dit ma mémoire. – « Impossible ! » dit mon orgueil, et il s’obstine. En fin de compte, c’est la mémoire qui cède. Friedrich Nietzsche a raison, l’oubli est une notion importante de la mémoire. Salvateur, il fait souvent office de tri sélectif. On se rappelle ce dont on veut bien se rappeler, on fait de petits arrangements avec soi-même et ça, c’est très humain. Mais attention ! la mémoire peut flancher. Et si, sans elle, on n’est rien ; elle ne nous renvoie pas toujours l’image de ce que l’on souhaite être.
Face aux chocs émotionnels, la mémoire s’altère au point qu’elle s’inhibe pour se protéger de la douleur physique ou psychologique, et rechercher un apaisement. Se rappeler de tout serait parfois insupportable pour une personne. Il faut distinguer l’oubli intentionnel et celui lié à la maladie comme la dépression, les amnésies et les maladies neurodégénératives si complexes à déceler. Si déjà physiologiquement, la mémoire dans son ensemble, peut combler certaines de ses déficiences, l’homme doit l’entretenir. Comment ? En s’exerçant à des activités qui font travailler la flexibilité mentale, en prenant le temps de bien se connaître (connaître ses atouts et ses faiblesses pour combler les faiblesses par les atouts). C’est l’affaire de chacun, et les astuces sont à ajuster au cas par cas. Selon Béatrice Alescio-Lautier, chercheur au CNRS en neuroscience cognitive, il faut travailler sur la personnalisation et la contextualisation de la personne et de sa mémoire, pour maintenir ou retrouver une flexibilité mentale nécessaire à la lutte contre la rigidité et l’affaissement de la mémoire.
L’ordinateur, notre nouvelle mémoire ?
Et demain ? Devant la prévalence de l’ordinateur dans notre société, tout porte à croire que l’intelligence et la mémoire artificielles combleront les déficiences de la mémoire humaine. Positive sous certains aspects, cette évolution inquiète. Les spécialistes de la cognition ne jurent plus que par « l’intelligence artificielle distribuée », un terme qui désigne tous les systèmes où des individus et des ordinateurs mènent à bien une tâche commune. Déjà, Internet réunit des humains en un puissant « cerveau collectif » et incarne cette notion. Toutefois, malgré les désirs de certains chercheurs et les fantasmes des cinéastes, la mémoire humaine ne se résume pas au traitement de l’information. Elle reste un jardin secret recelant un réseau de souvenirs d’une richesse inaccessible aux ordinateurs, puisque humains…
Laurence
Rouvier 
Directrice
de la rédaction et éditrice du magazine
l'info des SENIORS ACTIFS
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de pacainfoeco.com
Source de données : Béatrice Alescio-Lautier, chercheur au CNRS en neuroscience cognitive 06 21 12 45 83. Retrouver plus d’informations dans la rubrique Espace Detente du site infoseniorsactifs.fr
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