La rubrique philosophique de Thierry AYMES , philosophe
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L 'Humour en Danger !

26 02 2010.pacainfoeco.com - Peut-on rire de tout ?…ou existe-t-il un « sacré objectif » que chacun se devrait de ne pas tourner en dérision ? Telle est ma problématique. Et les enjeux ? (demanderait un professeur de philosophie à son élève). A interdire de rire au sujet de ceci ou de cela, nous pourrions rapidement tomber dans une interdiction de rire de quoi que ce soit
Les noirs ont souffert et souffrent encore, les homosexuels ont été longtemps maltraités et le sont encore , les juifs, les tziganes, les handicapés, les communistes, les maghrébins ont connu leur malheur et le connaissent encore. On ne plaisante pas avec la souffrance des gens!
J’ajouterai qu’alors que, le cocu souffre d’être trompé, le nain de sa petite taille, le gros de son surpoids, le drogué de sa toxicomanie, la veuve de sa solitude soudaine, le moche de sa laideur, le « plaqué » de sa séparation et celui qui glisse sur une peau de sa chute…La liste serait longue.
La souffrance sanctifie par sa gravité, par le fardeau qu’elle inflige à celui ou celle qui en est la victime, et ce qui est saint n’est pas risible; « rire » fut d’ailleurs tenu pour démoniaque au sein de l’Eglise pendant le Moyen Age. Entendez par là que ce qui est saint doit nous inspirer un respect mêlé de crainte. Sait-on jamais ?! La justice immanente d’un rire illégitime pourrait nous condamner, à moins que ce ne soit la justice divine.
Et voilà, le tour est joué ! Nous ne pouvons plus rire de rien. Tout est sacré qui ne supporte pas l’humour essentiellement blasphématoire. Aux antipodes de l’amour, l’humour mettrait à une distance très proche de celle qu’observe la raison, ce qui ne saurait l’être sans que nous soyons dans un même temps frappés d’inhumanité. Or, si la raison, drapée dans sa froideur mortifère, n’est pas à même de donner une valeur aux choses, l’humour, de son côté, pourrait bien la reconnaître, mais refuserait d’y faire allégeance.
L’humour, comme le fou qui jadis l’incarnait, serait délinquant par nature, rebelle par vocation. Et pourquoi pas ? La vertu ne serait-elle que d’obéissance ? Et la désobéissance rimerait-elle nécessairement avec méchanceté ? Sans doute est-il difficile de ne pas coller à ce qui nous accable ou nous a accablés, mais n’est-ce pas également salutaire ? N’est-il pas souhaitable que chacun ait suffisamment de force pour s’extraire de l’enfer où il se trouve, des limites où il respire mal ?
Redisons-le, « sans distance point d’humour ! ». En ce sens, pourrait-on dire, il partage en effet la vedette avec la raison et la conscience. Il faut ne pas se confondre avec ce que l’on pense pour le penser, il faut ne pas adhérer (dans le sens où les moules adhèrent) à ce que l’on voit pour le voir. De même, il faut ne pas tremper tout entier dans la douleur pour en rire.
J’envisagerai volontiers l’humour comme une mise en quarantaine à laquelle j’ajouterai cependant le désir quasi-divin de n’être d’aucun lieu et de n’endosser aucune identité spécifique. « Vide » de pouvoir faire feu de tout bois et « quasi-divine » d’être partout et nulle part à la fois. Dès lors, « faire l’humour » reviendrait à s’absenter volontairement d’un chaos, un peu à la manière des différentes techniques de méditations qui, par la focalisation de votre attention sur un point donné, vous conduisent progressivement hors de l’espace-temps. L’humour est une échappatoire, plus encore, elle est une « invite » faite à quiconque souhaite ne plus subir sa vie, subir son monde, subir son Histoire.
Quelle différence fondamentale y a-t-il entre le violent qui vous frappe parce que vous l’avez regardé avec trop d’insistance et telle communauté qui revendique le droit de n’être pas tournée en dérision. Chacun à sa façon ne se prend-il pas pour un sanctuaire ? Oui, on peu rire de tout ! Il faut vouloir rire de tout. Le rire est salvateur. Reste à chacun de se sauver hors de lui-même, de ses croyances et de ses certitudes…par l’humour.
Mais attention toutefois : « humour n’est pas moquerie ». Tandis que le moqueur colle à la réalité et s’en sert contre un « autre », sachant que cet autre la subit et y colle également ; tandis que le « gros » verra sa grosseur qui le crucifie confirmée du dehors par le moqueur ; tandis que la moquerie condamne, l’humour seul peut sauver le condamné de sa peine.
D’où il paraît logique que l’humoriste se doit de pratiquer son art avant tout sur lui-même s’il ne veut pas être taxé de méchant et être tenu pour un sage.
Je propose donc une sotériologie par l’humour (lol).
Thierry AYMES, philosophe 


le philosophe Thierry AYMES collabore avec pacainfoeco.com depuis 2009 |
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