La rubrique philosophique de Thierry AYMES , philosophe

(Trés bientôt, la Saint Valentin) : "C’est ma moitié !"

14.01.10.pacainfoeco.com - Une expression aussi simple que celle-ci suppose tout un univers philosophique, elle n'est pas la seule...Nous sommes "philosophes sans le savoir". Un ami que vous n’aviez pas vu depuis quelques mois vient vous rendre visite. Il est accompagné d’une ravissante jeune femme : “Je te présente ma moitié !” Si le moment n’avait pas été incongru, vous en auriez profité pour lui faire remarquer que, sans le savoir, il venait de faire référence à l’un des plus vieux mythes concernant l’Amour, celui de l’hermaphrodite (ou androgyne).
Hermaphrodite était, comme son nom l’indique, l’enfant d’Aphrodite (déesse de l’amour et de la sexualité) et d’Hermès (messager et interprète des dieux). Il était en outre très beau et un jour qu’il se baignait, inspira un amour fou à la nymphe Salmanis qui supplia Zeus de l’unir à lui pour l’éternité. Le Dieu des dieux s’exécuta aussitôt, et tous deux ne formèrent plus qu’une seule et même personne, à la fois homme et femme.
Depuis lors, hermaphrodite est devenu synonyme de bisexué.
Les escargots, par exemple, sont pourvus des deux sexes. Ils ne peuvent cependant pas s’autoféconder et doivent s’accoupler. Certaines plantes possèdent simultanément étamines (organes mâles des plantes à fleurs et à graines) et pistil (organe reproducteur femelle de la fleur).
Chez les humains, l’hermaphrodisme constitue une anomalie rarissime.
Platon (428-348 av.J.-C., Aristoclès de son vrai nom), appelé ainsi sans doute à cause de sa carrure, écrivit une succession de discours plus cocasses les uns que les autres ayant l’amour pour objet. Son nom : Le Banquet.
C’est dans la bouche d’un certain Aristophane (le plus grand poète comique grec de l’Antiquité, contemporain de Platon) qu’il évoque l’espèce androgyne au paragraphe XIV. Selon lui, il existait à l’origine trois espèces et non deux comme aujourd’hui : le mâle, la femelle et une troisième, composée des deux premières.
Chacune de ces trois créatures était dotée de “quatre mains, autant de jambes, deux visages tout à fait pareils sur un cou rond (…), quatre oreilles, deux organes de la génération et tout le reste à l’avenant.”
Or, “ils étaient aussi d’une force et d’une vigueur extraordinaires”, tant et si bien qu’ils finirent par attaquer les dieux. C’est alors que Zeus décida de les affaiblir et les coupa en deux l’un après l’autre.
“Quand le corps eut été ainsi divisé, chacun regrettant sa moitié, allait à elle…”
Toutefois, les hommes (purs) ainsi divisés restèrent attachés aux mâles, tandis que les femelles (pures) ayant subi le même sort n’éprouvèrent d’attirance que pour leur sexe. Seuls, les hommes étant une moitié de l’androgyne aimèrent les femmes et vice versa. Ainsi, “L’amour recompose l’antique nature, s’efforce de fondre deux êtres en un seul, et de guérir la nature humaine.” Pour ma part, deux mains et deux pieds me suffisent ! (extrait de: "Vous êt es philosophe sans le savoir!" (T.Aymes - Editions 3 Fontaines).
Thierry AYMES, philosophe 
professeur de philosophie, créateur de philosong
