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L'Analyse économique de Gérard ACHDJIAN , professeur d'économie à l'Université d'Angers

Economie arménienne : bilan 2009

Economie arménienne : bilan 2009

22.01.2010.pacainfoeco.com - Entre 2002 et 2008, l’économie de l’Arménie a fortement progressé réalisant des taux de croissance à 2 chiffres. Les difficultés ont commencé en 2008 avec le conflit russo-géorgien. Mais c’est la crise économique mondiale qui a porté le coup le plus dure : le PIB a reculé de 17,5%  durant les 10 premiers mois de 2009 par rapport à la même période de l’année précédente.  

  1. Les effets de la crise internationale : recul des indicateurs économiques (*)

La situation a commencé à se dégrader à partir de septembre 2008 et depuis le début de 2009 le pays est en récession : le Produit Intérieur Brut (PIB), qui mesure la création de richesses dans le pays, a baissé de 6,1% au 1er trimestre par rapport à la même période de 2008, de 16,3% au 2ème trimestre et 18,3% entre janvier à septembre.

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Face à cette situation, le gouvernement s’est fixé 3 priorités :

- la prévention de la dégradation sociale : protection des groupes sociaux les plus vulnérables,  paiement à temps des salaires, retraites et allocations sociales.
- le soutien aux entreprises qui ont des opportunités de création d’emplois et un potentiel significatif d’exportation. Soutien aux PME.
- le développement des infrastructures.

Des politiques adéquates de soutien ont été aussi mises en place mais malgré cela les indicateurs macroéconomiques ont continué à se dégrader. Cependant, la baisse de 17,5% enregistrée pour la période janvier-octobre, après celle de 18,3% pour janvier-septembre, pourrait bien indiquer un arrêt du recul ; l’économie aurait-elle dépassé le creux de la vague ? Dans tous les cas cette constatation ne contredit pas l’évolution des indicateurs trimestriels que la Banque Centrale calcule à partir d’enquêtes auprès des ménages et des entreprises. Les effets des politiques anticrises auraient-ils commencé à se concrétiser ?

  1.  Les politiques anticrises du gouvernement

Elles ont pris des formes diverses :
- Les crédits budgétaires, les garanties de crédits, les aides administratives et les participations de l’Etat au capital de certaines entreprises.
Les entreprises concernées ont été celles qui emploient un nombre élevé de salariés, ont un important potentiel d’exportation (secteur minier) et dont l’activité génère un important effet multiplicateur sur d’autres secteurs (construction)
Jusqu’à présent, ce sont les entreprises minières qui ont bénéficié le plus des « crédits budgétaires ». Les « garanties de crédits » ont permis aux entreprises de construction de continuer leurs chantiers inachevés en particulier au centre de Yérévan
Plusieurs entreprises ont aussi profité d’aides financières en contrepartie de la participation de l’Etat dans le capital pour une durée déterminée.

D’autres ont reçu des aides administratives et de l’assistance non financière

-  Les restructurations des dépenses budgétaires ont permis de les diriger vers les secteurs prioritaires.
- La création d’un bureau d’aide au secteur privé a permis d’étudier les problèmes spécifiques rencontrés par les entreprises et de les conseiller sur la pertinence de leurs business plans       
- Le plan d’assistance aux PME a eu pour rôle de les aider à développer les opportunités d’investissement (création d’un centre de consultation comptable). 
- La politique de substitution aux importations consiste à augmenter temporairement les tarifs douaniers de certains produits importés qui concurrencent fortement les productions locales ; dans tous les cas ces tarifs ne peuvent pas être supérieurs à 15% selon la réglementation du l’OMC.
- L’amendement de la loi sur la TVA des produits importés prévoit qu’en 2009 et 2010, les entreprises qui réalisent des investissements supérieurs à 300 m de Drams (AMD) seront exemptées de la TVA lors de l’importation d’équipements.
- La création du bureau de l’Ombudsman du système financier ; c’est un médiateur de la République dont le champ de compétence couvre les différents financiers.
- Les réformes relatives à la déclaration fiscale et la perception des impôts : déclaration par internet pour ne pas passer par des intermédiaires ; obligation pour les entreprises dont le chiffre d’affaires est supérieur à 500 m AMD (1,34 m USD) de se soumettre à un audit externe et de publier les résultats ; obligation d’utiliser des caisses enregistreuses dans les magasins et autres points de vente. Cette dernière mesure a permis d’accroître les rentrées fiscales en provenance des PME. 


L’action du gouvernement a consisté aussi à trouver des aides internationales pour soutenir ses politiques et des financements pour ses grands projets. Les négociations commencées à la fin de 2008 ont abouti et, entre février et mars 2009, l’Arménie a reçu des crédits de 545 m USD de la Banque mondiale, 823 m USD du fonds Monétaire International et 500 m USD de la Russie.
Ces institutions et pays considèrent que les politiques anticrises du gouvernement arménien sont parfaitement justifiées et permettent de maîtriser efficacement voire d’améliorer la situation actuelle.    

Cependant le crédit stand-by du FMI était conditionné par la non-intervention de la Banque Centrale d’Arménie (BCA) sur le marché des changes. C’est ainsi qu’à partir du 3 mars, le taux de change du Dram est flottant ; il est fixé par les fondamentaux de l’économie et du marché.
Un tel régime permet de mieux amortir les chocs externes, d’améliorer la compétitivité externe du pays et de sauvegarder ses réserves en devises. Cette politique a été saluée par les organisations internationales et donnée comme exemple pour d’autres pays se trouvant dans la même situation.

Cependant, le 3 mars, jour de l’annonce de la décision de la BCA, le taux a bondi de 305 à 380 AMD pour 1 USD en quelques heures, entrainant la panique des consommateurs (crainte de hausse des prix des denrées alimentaires). La situation s’est calmée quelques jours après, mais avec un taux de change moyen de 372 AMD pour 1 USD et des augmentations de prix surtout pour les produits d’importation.

  1. Les points faibles de l’économie arménienne

Manifestement le conflit d’août 2008 et la crise mondiale ont fait ressurgir les points faibles de l’économie arménienne : enclavement du pays, faible diversification, forte dépendance de l’extérieur, faiblesse de l’industrie et des exportations, et des problèmes structurels internes.

L’enclavement du pays et sa forte dépendance de la Géorgie. Cette préoccupation explique le voyage du Président Sarkissyan d’abord en Géorgie en septembre 2008, puis en Iran en avril 2009. 
Les négociations en Géorgie, quelques semaines après le conflit russo-géorgien, ont abouti à un accord sur la construction de l’autoroute Yérévan-Akhalkalaki-Batoumi. Elle est de l’intérêt des 2 pays : elle réduit d’environ 5 à 6 heures le temps de parcours entre l’Arménie et la Mer Noire et elle traverse le sud de la Géorgie loin de la frontière avec la Russie. Le voyage en Iran a permis d’aboutir, entre autres, à 2 accords importants. Le premier est la construction d’une ligne de chemin de fer reliant l’Arménie au réseau iranien et donc aux ports de ce pays. Le deuxième est la construction de 2 centrales hydroélectriques sur le fleuve Araxe à la frontière entre les 2 pays.

La faible diversification de l’économie est une autre raison du recul économique important en 2009. En effet, ce sont les secteurs de la construction et des services qui ont contribué le plus à la création de richesses. Nécessairement, en cas de crise, ces mêmes secteurs sont à l’origine du recul. Durant les 10 premiers mois de 2009, le secteur de la construction a baissé de plus de 40% et a contribué pour 13,5 points à la baisse de 17,5% du PIB.

La faiblesse des exportations et la forte dépendance de l’industrie à la demande extérieure est aussi une des raisons des conséquences très néfastes de la crise. Ces dernières années, la balance commerciale s’est dégradée à tel point qu’aujourd’hui le déficit commercial est presque 4 fois plus important que la valeur même des exportations. Il faut aussi souligner  que 40% des exportations  arméniennes concernent les produits miniers et que ce secteur, à forte concentration de capitaux étrangers (allemands, russes), s’est révélée être extrêmement sensible à la demande internationale. Ainsi, en début d’année, la brusque baisse de la demande mondiale de produits miniers (cuivre, molybdène, or) a entraîné le recul de la production et des exportations arméniennes avec des menaces de chômage massif (environ 3 000 ouvriers mineurs) et de baisse de salaires. L’intervention rapide et énergique du gouvernement a abouti au gèle de toute décision de licenciement jusqu’à la reprise de la demande extérieure. Un scénario semblable s’est produit dans le secteur de la chimie avec les usines de Naïrit et de Vanadzor.

La forte dépendance de l’extérieur se manifeste aussi dans d’autres domaines et en particulier celui des transferts de fonds. Ceux-ci proviennent des « émigrés économiques » installés en majorité en Russie.   Estimés à 1,5- 2 milliards USD en 2008, ils ont baissé d’environ du tiers cette année et un nombre important parmi eux (estimé à 50 000) seraient retournés au pays. Le recul économique s’est manifesté en particulier dans le domaine social. Selon un rapport de la Banque Mondiale, le pourcentage de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté aurait augmenté de 25,6% à 28,4% entre le 2ème trimestre 2008 et le 2ème trimestre 2009. Selon la même institution, ce pourcentage avait baissé de 56,1% en 1998/1999  à 23,5% à la fin de 2008.

La corruption de l’Administration est le mal chronique qui ronge le pays depuis longtemps.  Dans le dernier rapport de « Transparency International » l’Arménie est classée 120ème sur 180 pays ; elle était 109ème l’an dernier. Récemment, la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire Internationale ont condamnés cette situation plus sévèrement que d’habitude Pour sa part, le Premier Ministre ne cesse de stigmatiser ce problème avec des résultats bien faibles jusqu’à présent. La nouvelle stratégie anticorruption qu’il a annoncée comporte 3 directions : les hauts fonctionnaires, les réformes structurelles dans le secteur public (administration fiscale, douane, séparation réelle des pouvoirs,…) et la société en générale qui est tolérante vis-à-vis de ce problème. 

  1.  L’Arménie carrefour régional ?

C’est une ambition ancienne des autorités arméniennes ; est-elle réalisable ? Contentons nous des observations suivantes. Dans le domaine des transports, la Banque de Développement Asiatique (BDA) avancera un crédit de 500 m USD pour permettre à l’Arménie de réhabiliter son infrastructure routière vers la Géorgie (Agarak-Kapan-Yérévan-Bavra) et de la relier à l’autoroute qui traversera le sud de la Géorgie jusqu’aux ports de Poti et Batoumi.  Cette route traversera la province de Lori qui est une région à fort potentiel touristique ; d’importants investissements sont prévus dans ce domaine  

Toujours dans ce contexte, le chemin de fer Arménie-Iran aura un rôle stratégique. Ces 2 voies de communications font partie du « Corridor International Nord-Sud » ; c’est une route multimodale qui a été conçu en 2001 pour promouvoir la coopération internationale. Onze pays participent à ce projet qui doit relier l’Océan Indien et le Golfe Persique à la Mer Caspienne via l’Iran et à l’Europe du nord via la Russie. Dans le domaine énergétique, l’Arménie est souvent considérée comme un pays pauvre en énergie, malgré ses exportations d’électricité vers la Géorgie et l’Iran. Mais il semble que les efforts du gouvernement pour accroitre et diversifier la production se concrétiseront d’ici quelques années.

Pour donner une idée du potentiel de l’Arménie dans ce domaine qu’il suffise de mentionner quelques uns des réalisations et projets : l’exploitation du gazoduc Iran-Arménie depuis mai 2009 (actuellement environ 1/3 du gaz consommé dans le pays provient d’Iran), le début de l’exploitation de la 5ème unité de la centrale thermique de Hrazdan prévu pour mi-2010,  la construction de la nouvelle centrale nucléaire dont les travaux préparatoires ont déjà commencé, le projet de construction de 2 centrales hydroélectriques des 2 côtés de la rivière Araxe, le début imminent des travaux de construction d’un oléoduc en provenance d’Iran,
La Turquie, la Géorgie et l’Azerbaïdjan subissent des coupures fréquentes d’électricité et sont des clients potentiels de l’Arménie. Il en va de même de l’Iran qui poursuit une politique de « troc » : investissements dans des projets en Arménie et fourniture de gaz contre exportation d’électricité. 

Gérard Achdjian
Délégué pour la France de l’Agence de Développement Arménienne (ADA) 
Directeur du site de l’économie arménienne : www.gab-ibn.com

(*) Pour des informations détaillées sur l’économie de l’Arménie veuillez consulter le site spécialisé : www.gab-ibn.com .  Mises à jour hebdomadaire

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