La Chronique de René DZAGOYAN 
auteur de 2 bests sellers : (« Le système Aristote », « Vadim Bronsky: dernière mort avant l'oubli ») chez Flammarion éditeur
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ARMENIE, TURQUIE, UMP, PS et ELECTIONS PRESIDENTIELLES 2012
La loi sur le Négationnisme .... LA LOI-MARIONNETTE

notre photo : les candidats à la prochaine présidentielle + lors des massacres en Arménie en 1915 Photo Armin Wegner - Comité de Défense de la Cause Arménienne / www.cdca.asso.fr
01.12.2011.pacainfoeco.com - A quelques mois près, les deux candidats favoris aux présidentielles, Nicolas Sarkozy et François Hollande, ont ressorti du chapeau le vote de la loi sur la négation du génocide des Arméniens, votée en 2006 à l’Assemblée Nationale et retoquée en 2011 par le Sénat. Mais que valent ces déclarations ? Quelle que soit la sincérité des déclarants, ont-elles la moindre chance d’aboutir à un vote ? Opinion d’un citoyen moyen, mais néanmoins attentif….
Il est vrai qu’on ne peut guère mettre en doute la sincérité de François Hollande lorsqu’il dit vouloir faire voter cette loi. En effet, lorsqu’elle a été présentée au Groupe Socialiste de l’Assemblée Nationale par le député-rapporteur Christophe Masse, début 2006, son adoption par le groupe a été « imposée » par le secrétaire général du PS, en dépit d’une forte majorité qui s’y opposait. Aussi, si la loi a été « presque » votée en mai de la même année, et définitivement en octobre, c’est grâce, il faut le dire, à un substantiel appoint de l’UMP, au premier chef Roland Blum et Richard Mallié, députés des Bouches-du-Rhône, appuyés par deux centristes de poids, François Rochebloine et André Santini.
Bridées à l’Assemblée Nationale, les réticences sur PS se sont clairement manifestées au Sénat, où là, malgré les injonctions de Martine Aubry, successeur de Hollande, et la campagne de Jean-Noël Guérini, président du Conseil Général des Bouches-du-Rhône et sénateur, la fronde contre la loi fut ouvertement menée par le Groupe Socialiste, sous la houlette du sénateur Robert Badinter.
De ces deux oppositions déclarées, l’une à l’Assemblée en 2006 et l’autre au Sénat en 2001, il est aisé de conclure que les déclarations des chefs de file socialistes, qu’ils soient secrétaires généraux ou candidat aux présidentielles, n’ont qu’une influence marginale sur les décisions individuelles des élus de leur parti. Il y a, comme sous la IVème République, la ligne politique du chef et la ligne politique des soldats. Et bien souvent, ce n’est pas celle du chef qui l’emporte. Aussi, quelle que soit la bonne volonté de M. Hollande, il est assez peu probable, et il le sait, que la loi soit de nouveau mise à l’ordre du jour du Sénat, désormais majoritairement socialiste et qui comporte toujours en son sein les opposants à la loi les plus farouches, comme le sus-nommé Robert Badinter. D’où il découle que François Hollande ne perd rien à proposer qu’elle soit revotée, sachant d’avance qu’elle ne le sera jamais.
Le président Sarkozy, quant à lui, aboutit au même résultat, mais par un chemin différent. En effet, compte tenu de la discipline traditionnelle au sein de l’UMP, il sait pertinemment qu’un ordre de sa part aux élus de l’Assemblée Nationale se traduirait par un vote massif de cette loi. Mais, parallèlement, il sait aussi qu’une fois au Sénat, cette loi sera à nouveau bloquée par le PS, comme elle l’a été la première fois. Il ne perd donc rien à manifester sa volonté de la voir votée par le Palais Bourbon sachant que le parti d’opposition la réduira à néant une fois portée au Palais Médicis.
Politiquement, il aurait même intérêt, électoralement, à la faire passer au plus vite à l’Assemblée. Mais, et le récent voyage de M. Juppé en Turquie, le démontre, le contexte moyen-oriental et une éventuelle invasion de la Syrie par les troupes turques ne permettent guère à la France de cesser le dialogue avec Ankara. In Gallia, arma cedant togae. En France, les armes le cèdent à la toge. Pas en Turquie.
Il y a une autre manœuvre possible. Du point de vue institutionnel, il serait certes plus judicieux de faire passer la loi d’abord au Sénat, puis, en deuxième lieu, à l’Assemblée. Mais en adoptant ce processus, le président de la République se heurterait à une présidence du Sénat et à une majorité qui l’empêcherait d’emprunter ce chemin.
Tout cela, naturellement, les conseillers du Président le savent, et le président le sait aussi. Tout comme François Hollande, son concurrent. Alors pourquoi tant de déclarations que chacun sait vides de sens ? Est-ce pour berner une fois de plus les citoyens d’origine arménienne ? Dans le cas de M. Hollande, on sait déjà que son autorité pèsera peu dans l’opinion des Sénateurs, et il sait que l’on sait. Dans le cas de M. Sarkozy, il sait pertinemment que les déclarations de sa première campagne électorales ont été ouvertement démenties par les révélations de Wikileaks sur le double jeu de sa diplomatie. Et il sait aussi que l’on sait. Alors pourquoi l’un et l’autre se donnent-t-ils tant de mal pour répéter qu’ils vont faire, sachant qu’ils ne feront pas et sachant que nous le savons ?
Une des interprétations possibles est que, si les peuples ont la mémoire courte, les politiques l’ont encore plus volatile. Soit ils oublient qu’ils ont fait la preuve de leur impuissance, soit ils oublient qu’ils nous ont menti. Mais cette interprétation est par trop vulgaire pour être la seule.
Une autre interprétation pourrait avoir rapport avec la politique étrangère et plus particulièrement avec la politique européenne. En effet, dans ce domaine, il est des choses qu’on ne dit pas. Par exemple, au sein du PS, qu’on ne veut pas de la Turquie dans l’Europe. Ça fait mauvais genre, un peu xénophobe, en tout cas anti-musulman. Aussi, pour dire les choses autrement, on use du génocide arménien et de sa négation. Vouloir une loi sur le négationnisme de 1915, c’est envoyer un message à l’électoral, arménien ou pas, sur la position du PS sur l’intégration d’Ankara sur les bancs de Bruxelles. On dit qu’on n’en veut pas, sans le dire.
Pourtant, Nicolas Sarkozy le dit, lui, et avec force. Mais on est là dans un autre registre. Agiter le spectre d’une telle loi sous le nez d’Ankara revient à montrer que l’Elysée a encore quelques gadgets dans son sac pour l’assouplir sur d’autres sujets, un peu comme le font les présidents américains successifs ou encore Israël lorsque que ses relations avec Ankara tournent au vinaigre. On agite la marionnette.
Cette hypothèse est peut-être fausse : la loi entre les mains de nos politiques n’est peut-être pas une marionnette. Comme Pinocchio, ceux qui en parlent semblent user de la langue de bois, et contrairement à Geppetto, personne ne souhaite l’amener à la vie.
René Dzagoyan 
écrivain, consultant international
en partenariat avec AZAD MAGAZINE - http://www.azadmagazine.com/

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