La Chronique de Pascal
Boniface (IRIS)
directeur de l’Institut
de relations internationales et stratégiques (www.iris-france.org) en partenariat avec pacainfoeco.com
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Montée en puissance des pays émergents et présidence française du G20 : Pascal Boniface nous livre son analyse des perspectives mondiales 2011/2012

Quels sont selon vous les événements marquants de l'année 2010?
Si on devait retenir quelque chose de 2010 ce serait d'abord le tremblement de terre à Haïti, qui a fait près de 300 000 morts et qui a montré que tous les pays n'étaient pas égaux devant les catastrophes dites naturelles, vu que peu après, le Chili a connu un tremblement de terre d'une ampleur relativement comparable mais avec un nombre de morts nettement moins important. Ce tremblement de terre à mis en relief un clivage entre les pays les moins avancés, qui sont soumis à toutes les misères, et les pays qui émergent, qui se développent. On parlait auparavant d'un clivage nord-sud, maintenant le clivage se fait entre les pays défaillants et les pays émergents. A côté de ce tremblement de terre à Haïti, il y a le développement de la Chine, le fait que ce pays devrait bientôt dépasser le Japon pour devenir la seconde puissance mondiale. Nous avons donc un événement dramatique mais illustratif (Haïti) et une tendance structurelle lourde (Chine).
2011 sera telle une année-clé pour les pays BRIC ?
Non, parce qu'on est dans des ten¬dances. Il y a des tendances structu¬relles lourdes mais qui ne se traduisent pas par une date-clé. La montée en puissance des pays BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), n'est d'ailleurs pas, se¬lon moi, une véritable théorie. On ne peut pas mettre ces pays sur le même plan alors qu'ils ont des ambitions, des atouts et des faiblesses de nature diffé¬rente. Les pays BRIC en tant que tels ne forment pas une catégorie homogène. Par ailleurs, les pays émergents sont bien plus nombreux que les BRIC. Il y a vraiment toute une série de pays qui émergent - dont le Maroc - et qu'on ne saurait limiter aux seuls BRIC. Cette tendance-là est lourde mais on ne peut pas la dater, c'est une tendance structurelle qui joue sur la « période longue » comme aurait dit Fernand Braudel.
Pourquoi alors une telle classification BRIC ?
Il faut se rappeler que cette catégorie de BRIC a été inventée par la banque américaine Goldman Sachs en 2001, peu après les attentats du 11 sep¬tembre, parce qu'elle cherchait un peu à rassurer les investisseurs. Elle a inventé une catégorie qui concernait les pays à fort potentiel de croissance avec un fort bassin démographique. C'est une création artificielle. D'autres pays peuvent s'y mêler. On parle de l'Afrique du sud, du Mexique, dont le potentiel de développement est ex¬trêmement fort. Je préfère donc par¬ler de pays émergents que de BRIC.
Les Occidentaux ont-ils bien pris la mesure de cette montée en puissance des pays émergents ?
Il y a dans le monde occidental des ex¬perts et des responsables politiques qui n'ont pas encore pris la mesure de cette tendance, car il n'y a pas un « avant » et un « après ». Cette tendance lourde, qui agite le monde depuis déjà plusieurs années, fait que le monde occidental a perdu le monopole de la puissance, qu'il détenait depuis cinq siècles. Ceci sus¬cite de nombreux débats. Certains en ont peur, et d'autres se disent qu'il faut accepter ces nouveaux défis et qu'il est normal de faire de la place aux autres.
On a vu fin 2010 une polémique autour de la remise du prix Nobel de la Paix à un dissident chinois, mais aussi en Rus¬sie avec le procès Khodorovski...
Ça fait longtemps que ni la Russie, ni la Chine n'acceptent les leçons de morale que leur donnent les puissances occi¬dentales. Donc ceci n'est pas nouveau, finalement. Il faudrait peut-être que les Occidentaux changent leur langage et fassent peut être plus attention à la cohérence de leurs propos. Les pays de l'OCDE détenaient 60 % du PIB mondial il y a quelque temps. Ca a changé.
L'économie mondiale sort de la crise. La France, qui assure la présidence du G20 et du G8, a des objectifs ambitieux...
Des ambitions très élevées, oui, vu qu'il s'agit de mettre en place une gouver¬nance économique internationale sur laquelle on bute depuis très longtemps et dont l'absence est l'une des causes majeures de la crise qui s'est déclen¬chée en 2008. L'idée du président Sarkozy est de dire que les me¬sures d'urgence prises... dans l'urgence, ont été relativement satis¬faisantes. Les respon¬sables mondiaux ont su prendre les décisions qui ont permis d'évi¬ter que cette crise ne dégénère encore plus et ne se transforme en faillite internationale. Mais une fois que la crise est passée, l'ambition est bien d'assainir les structures et de mettre en place un mode de gouvernance mon-diale qui permette d'éviter la répétition de ce type de crise. D'éviter la guerre des monnaies, d'éviter par exemple que le cours des matières premières, notam¬ment énergétiques et alimentaires, par un effet de yo-yo, ne viennent créer ou accroître des insécurités.
Quelle sera la marge de manœuvre de la présidence française ?
On voit bien que ni la Chine ni les Etats-Unis n'ont semble-t-il pour le moment envie de céder sur la gouvernance de leur monnaie. Il y a donc de fortes ambitions - qui sont d'ailleurs des ambitions tradi¬tionnelles de la France - mais Paris n'a qu'une capacité de proposition, d'impul¬sion, peut-être de conviction. Par défini¬tion, elle ne peut rien imposer. Le grand enjeu est donc de savoir si une « coali¬tion » sera possible à mettre en place et si la France saura convaincre ses partenaires du bien-fondé de ses positions, sachant que, peut-être, certains pays vont estimer qu'ils n'ont pas intérêt à les suivre et que leur position nationale est préférable à un accord global.
L'actualité de ce début d'année, c'est bien sûr la Tunisie. Comment analy¬sez-vous ce qui s'est passé ?
C'est le double effet à la fois de la réus¬site et de l'échec du pays. Il y a eu un développement économique en Tuni¬sie très fort, la constitution des classes moyennes et l'éducation de la popula¬tion. Simplement, quand vous avez un niveau élevé d'éducation, que l'éco¬nomie ralentit un peu et que les iné¬galités sociales deviennent criantes, la jeunesse éduquée ne le supporte pas. Le cocktail explosif « jeunesse éduquée - inégalités sociales » dé¬bouche sur la situation à laquelle on assiste aujourd'hui en Tunisie. On ne sait pas quelle sera l'issue de cette crise, mais ce qui est certain, c'est que le pacte so¬cial qui existait en Tunisie - « j'assure le développement économique du pays et en échange vous acceptez de ne pas trop revendiquer vos droits de citoyens» - a explosé et on ne pourra pas revenir en arrière. A par¬tir d'un certain développement écono¬mique et d'un certain niveau d'édu¬cation, les peuples se font entendre. Même dans un régime où la presse est étroitement contrôlée, comme en Tunisie, les gens s'informent d'eux-mêmes. Quand vous avez 4 millions d'internautes dans un pays de 11 mil¬lions d'habitants, vous ne pouvez pas prétendre contrôler l'information et contrôler l'opinion.
En visite à Washington début janvier, Nicolas Sarkozy a d'ailleurs annoncé vouloir inscrire la régulation d'internet à l'ordre du jour du G20...
Vouloir contrôler internet, c'est un rêve des gouvernements mais qu'il faut re¬garder avec prudence car ce sont sou¬vent des gouvernements répressifs qui disent cela. Il y a un mouvement général d'appropriation de l'information par les citoyens, qui est certainement une des autres tendances structurelles lourdes. Ce mouvement s'exprime en Tunisie mais aussi en Chine, où vous avez 300 millions d'internautes. Les autorités chinoises ne font pas tout à fait ce qu'elles veulent avec leur population. Et je ne pense pas qu'il puisse y avoir un retour en arrière. Les gouver¬nements ont essuyé un sérieux revers avec l'affaire Wikileaks, qui a gêné leur diplomatie officielle. Bien sûr, la trans-parence totale a un aspect totalitaire -si chacun sait tout sur tout le monde, il n'y a plus d'espaces de libertés et il faut avoir une vraie réflexion là-des¬sus. Mais que les citoyens s'informent d'eux-mêmes, choisissent eux-mêmes leurs moyens d'information et échan-gent les informations via internet, c'est quelque chose vers lequel on ne pourra plus revenir.
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COTE D' IVOIRE : un test pour la communauté internationale - 07.01.2010.pacainfoeco.com/iris - Après avoir prolongé unilatéralement son propre mandat présidentiel d’une durée de cinq ans, Laurent Gbagbo s’est résolu à organiser des élections présidentielles, certain de sa victoire. Mais c’est Alassane Ouattara qui les a remportées avec 54 % des voix. Cette victoire reconnue par la Commission Electorale Indépendante Ivoirienne n’a pas empêché Laurent Gbagbo de s’autoproclamer élu et de se maintenir au pouvoir. lire l'article ?
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10.11.2010.pacainfoeco.com – « Le nouveau gouvernement du monde : Idéologies, structures, contre-pouvoirs » - Questions à Georges Corm - Dans votre dernier livre « Le nouveau gouvernement du monde », vous définissez le terme mondialisation comme « l’émergence d’un pouvoir absolu de nature politique aussi bien qu’économique, sociale et culturelle qui s’appuie sur une vaste bureaucratie mondialisée ». Il y a peu d’anciens ministres des finances qui donnent une telle définition ! Lire l'éditorial |
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Egypte-Algérie, teintés de forts relents nationalistes? Pas
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05.05.2010.pacainfoeco.com - Les Etats-Unis n’ont-ils pas tendance à surestimer le danger du terrorisme nucléaire ? La plupart des experts estiment que cette menace a peu de chance, même à long terme, de se concrétiser. On peut penser que Barack Obama cherche plutôt à justifier sa politique de désarmement avec la Russie. Après avoir donné des gages à la gauche en renouvelant les accords START avec son homologue russe, il tente de rassurer ceux qui ont une approche plus conservatrice et sécuritaire de la question nucléaire. Or, dans ces milieux, le terrorisme est perçue comme une lourde menace. C’est une manière de leur donner du grain à moudre et de faire passer son grand accord avec la Russie. Donc si Barack Obama a pris l’initiative d’organiser ce sommet, c’est d’abord pour des raisons de politique intérieure. Cela lui permet aussi d’exercer un leadership international et de montrer aux Américains et au reste du monde que les Etats-Unis poursuivent leur lutte contre le terrorisme nucléaire tout en participant eux-mêmes au désarmement nucléaire. lire la suite de cet interview ? |
BHL" n’est pas seulement ridicule, il est surtout dangereux - 23.04.2010.iris/pacainfoeco.com -Il est de bon ton, dans de nombreux milieux, de se gausser de Bernard-Henri Lévy et d’affecter à son égard, une indifférence ironique. L’affaire Botul – dont BHL a le culot de s’estimer victime – n’est ni sa première, ni sa dernière escroquerie intellectuelle. La carrière de BHL est faite d’affabulations et de ratés monumentaux, qu’il veuille créer un journal, faire un film, écrire une pièce de théâtre ou un livre. Il y a un écart grandissant entre l’écho médiatique qui lui est donné et la désaffection du public, qui n’est pas dupe........ Lire la suite ? |
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Irak : le succès des élections ne réhabilite pas la guerre18.03.2010.iris/pacainfoeco.com - Le Dimanche 7 mars dernier , les électeurs irakiens sont allés voter de façon assez massive malgré les menaces – suivies d’effets - d’attentat d’Al-Qaïda. Bravant le climat de violence, les électeurs irakiens se sont exprimés. Les sunnites ont participé au processus politique venant ainsi lui donner une plus grande crédibilité. La perspective du retrait militaire américain est ainsi confortée et se dessine la possibilité d’une normalisation de la situation politique en Irak. Il ne faut pas se leurrer, un Irak stable politiquement, retrouvant une économie prospère n’est pas une perspective immédiate. Elle n’est cependant plus irréaliste. Les violences n’ont pas disparu mais elles sont en diminution. LIRE L ARTICLE ? |
La France, actrice du monde d’aujourd’hui ? 12.03.2010.pacainfoeco.com - Avec la montée puissance des pays émergents, la France a à faire avec une scène diplomatique de plus en plus concurrentielle. Elle conserve néanmoins de nombreux atouts pour faite entendre sa voix. Difficile d'évaluer au premier au coup d'œil le poids diplomatique de la France dans le monde d'aujourd'hui ... Par un retour sur ces réalités récentes, Pascal Boniface éclaire pour nous le statut diplomatique de la France sur la scène internationale aujourd'hui. lire la suite ? |
AVEC DEUX MOIS DE RECUL : 2009 : une année très mitigée - 26.02.2010.pacainfoeco.com -
Quel bilan tirer sur le plan stratégique de l'année 2009 ? Mitigé, très mitigé. Certes il n'y a pas eu de catastrophes majeures, pas de nouvelle guerre faisant irruption. Mais par contre les crises et conflits existants ne semblent pas avoir progressé vers un règlement, et les quelques espoirs existants ont été balayés par la réalité. Lire l'article ? |
Il n’existe pas de communauté internationale aprés Copenhague -interview - 18.02.2010.iris.pacainfoeco.com - Voilà, détaille le géopolitologue, l'enseignement principal d'un sommet de Copenhague dont la désillusion tranche avec la concertation à laquelle les mêmes Etats, conditionnés par l'urgence, s'employèrent pour endiguer la crise financière. Et pourtant, dissèque le directeur de l'IRIS, les problématiques environnementales et écologiques, irriguées par la raréfaction des matières premières et le bouleversement des rapports de force, constituent désormais un enjeu stratégique et une source de conflit majeurs. Lire
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Le gros de la crise est derrière nous 181209.pacainfoeco.com - De nombreuses fermetures d'usines ont eu lieu en France et certaines ont été délocalisées. Comment les entreprises doivent-elles aborder l'année 2010? La France doit conserver une industrie car c'est un atout essentiel de sa réussite et l'on voit qu'après les mouvements de délocalisation qui ont inquiété de nombreux responsables, il y a un ralentissement de ces délocalisations. On constate aussi que ces délocalisations sont très largement compensées par un très fort taux d'investissement extérieur en France. Il y a donc à la fois des délocalisations et des relocalisations, puisque lorsque des étrangers investissent en France, c'est une délocalisation pour eux, pas pour nous. L'année 2009 a été tellement mauvaise que les entrepreneurs ne peuvent qu'espérer pour 2010. Ce sera forcément meilleur. lire l'article ? |
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