La
Chronique de Pascal
Boniface (IRIS)
directeur
de l’Institut de relations internationales
et stratégiques
(www.iris-france.org)
en partenariat avec pacinfoeco.com

Iran :
le scénario catastrophe arrive
! Vous
avez aimé la guerre d'Irak
? Vous allez adorer la guerre d'Iran
!
Certes
elle n'aura pas tout à fait
la même forme. Ne rêvez
pas d'une invasion massive, avec déploiement
de troupes au sol et occupation militaire
prolongée débouchant
sur une guerre civile. Cela n'est
pas possible. Même l'hyperpuissance
américaine a des limites. Elle
n'a pas - elle n'a plus - les moyens
d'ouvrir un deuxième front
de ce type. Il faudra vous contenter
de frappes aériennes, de bombardements
ciblés sur les sites nucléaires
iraniens. Mais rassurez-vous, si le
déroulement sera différent,
le résultat devrait être
tout aussi catastrophique et même
sans doute bien davantage.
Qu'est-ce qui doit le plus étonner
ou le plus choquer ? Que les mêmes
personnes qui avaient plaidé
en faveur de la guerre d'Irak, puissent
sans vergogne au vu de la réussite
de celle-ci appeler à mener
des opérations militaires contre
l'Iran ? Qu'ils le fassent avec les
mêmes arguments : danger nucléaire,
nécessité de stopper
un régime dangereux et insupportable
? Que les mêmes " experts
" qui nous disaient que l'Irak
regorgeait d'armes de destruction
massive, nous disent (et depuis plusieurs
années), que l'Iran est à
un an de l'arme nucléaire,
sans que leur crédibilité
ne soit mise en cause ? Qu'ils osent
se draper dans une position morale
tout en pratiquant le terrorisme intellectuel
et diaboliser ceux qui pensent que
la guerre n'est pas nécessairement
le meilleur moyen de résoudre
les problèmes politiques. Que
toute honte bue, ils se livrent à
des amalgames douteux en comparant
Ahmadinejad à Hitler - relativisant
ainsi les crimes de ce dernier ? Quand
vous entendez que l'on compare un
dirigeant à Hitler, sachez
que les préparatifs de guerre
sont bien en cours. Ce type d'assimilation
a été fait par Nasser
avant la guerre de Suez, pour Saddam
avant la guerre du Golfe de 1990-1991
(mais pas pendant la guerre Irak-Iran),
puis avant celle de 2003 (mais pas
entre les deux), et enfin pour Milosevic
avant la guerre du Kosovo. Aucun de
ces personnages n'était un
grand démocrate. Mais peut-on
sérieusement les mettre dans
le même sac qu'Hitler ? N'est-ce
pas une offense à la mémoire
des millions de victimes du nazisme
? Certains avaient même osé,
avant qu'il soit assassiné
par un extrémiste israélien,
opéré la même
scandaleuse assimilation pour Rabbin.
Il ne s'agit ni de nier le danger
que représenterait un Iran
nucléaire, ni d'accepter sans
broncher les déclarations inadmissibles
d'Ahmadinejad de voir Israël
rayé de la carte ou la scandaleuse
conférence révisionniste
de Téhéran. L'IRIS,
comme de nombreux think-tanks, a d'ailleurs
décidé de rompre tout
contact avec l'organisme qui avait
organisé cette conférence.
Ce n'est pas non plus que le recours
à la force doit être
systématiquement rejeté.
Il est des cas où il demeure
l'ultime recours. Ce fut le cas, à
mon sens, contre l'Irak en 1991. Ce
n'était pas le cas en 2003
et ce n'est pas le cas aujourd'hui
vis-à-vis de l'Iran.
Quel serait le résultat de
frappes sur les installations nucléaires
iraniennes ? Elles en détruiraient
certainement une partie d'entre elles.
Elles retarderaient donc l'accès
possible de l'Iran à l'arme
nucléaire. Mais elles augmenteraient
la détermination des Iraniens
à la posséder. Elles
s'accompagneraient de " dommages
collatéraux " (en clair
des massacres) sur la population iranienne
qui pourraient être importants.
Après l'Afghanistan, l'Irak,
le Liban, et cela sur fond d'accentuation
de conflit israélo-palestinien.
Il
y aurait bien un grand bond en avant,
mais vers un choc des civilisations
et non pas vers un Proche-Orient
en paix, la fin du terrorisme ou
la non-prolifération des
armes nucléaires. Tous ces
objectifs (qui étaient déjà
ceux de la guerre d'Irak) seraient
mis en échec par une guerre
contre l'Iran. Alors qu'Ahmadinejad
commence à être en
difficulté sur le plan politique
intérieur, il verrait sa
légitimité renforcée
selon la loi d'airain qui soude
une population à ses dirigeants
dès lors que le pays est
attaqué de l'extérieur.
Certes, on peut se dire que rationnellement,
au vu de la situation stratégique
désastreuse qui est la leur,
notamment en Irak, les Etats-Unis
ne prendront pas le risque d'ouvrir
un second front. Malheureusement
le pire ne peut être exclu.
George W. Bush peut finir par être
convaincu par sa propre propagande.
Si vraiment Ahmadinejad est Hitler,
comment penser que les risques d'une
guerre ne sont pas moins grands
que celui de voir un Hitler doté
d'armes nucléaires ?

Empêcher
l'Iran de se doter d'armes nucléaires,
faire en sorte que ce pays revienne
à une politique internationale
plus respectueuse de ses voisins,
qu'il puisse être réintégré
dans la communauté internationale
sont des objectifs. La guerre est
le moins bon moyen d'y parvenir.
Elle est même le meilleur
moyen d'obtenir le résultat
inverse. On avait pu nourrir l'espoir
après les élections
de novembre 2006 et surtout après
la publication du plan Baker Hamilton,
que le président Bush adopterait
une politique plus réaliste
et moins dangereuse dans la région.
Triomphe de l'idéologie sur
la réalité. Tentative
de sortir de la crise en provoquant
une crise plus grande ? Toujours
est-il que l'on peut craindre des
catastrophes à venir.
Pascal Boniface
(IRIS) directeur
de l’Institut de relations
internationales et stratégiques