La
Chronique de Pascal
Boniface (IRIS)
Nations
Unies - le constat d’impuissance
La
liste des conflits, en ce début
d'année, donne le tournis.
Au milieu de ce chaos, l'ONU semble
inexistante. Les Américains
préfèrent exercer le
pouvoir en solitaire. Le Sud Coréen
Ban Ki-moon a succédé
à Kofi Annan le 1er janvier
à la tête de l'ONU. Il
accède à un poste très
en vue, mais hérite d'une situation
peu enviable. Les crises et conflits
se multiplient, et la situation de
la planète, en termes de sécurité
internationale, semble devenir tout
simplement ingérable. Redoutable
défi pour celui qui est à
la tête d'une organisation dont
l'objectif même est de préserver
le monde des fureurs de la guerre.
L'année 2006 aura connu une
dégradation de la situation.
Seuls les hyper-optimistes prévoient
une amélioration pour 2007.
Il y a les conflits très visibles
de l'Irak, de l'Afghanistan et du
Proche-Orient, et l'accentuation de
la crise autour des programmes nucléaires
iraniens. Le fossé entre les
mondes occidental et musulman s'élargit
un peu plus chaque année pour
le plus grand bonheur des adeptes
du " choc des civilisations ".
Alors que la situation au Darfour
est sortie du silence qui l'entourait,
est venue s'ajouter la guerre soudaine
entre l'Ethiopie et la Somalie. Si
la situation s'améliore au
Liberia et en Sierra Leone, elle reste
fragile en Côte d'Ivoire et
dans l'Afrique des Grands Lacs...
En
Asie, deux confrontations potentielles
de grande ampleur - entre les deux
Corées, d'une part, entre la
Chine et Taiwan, de l'autre - inquiètent.
Le Japon a des relations compliquées
tant avec la Chine qu'avec la Corée
du Nord. Face à cet Etat, l'une
des pires dictatures de la planète,
au bord de la famine et dotée
d'armes nucléaires, on se demande
quelle est la menace la plus grave
: le maintien en place du régime
ou son effondrement rapide ? Le Caucase,
l'Asie centrale, bouillonnent de conflits
couvant sous la braise. Rare point
positif dans ce paysage, la justice
internationale - qu'il ne faut pas
confondre avec la parodie qu'a constitué
le procès de Saddam Hussein
-, progresse et, pour la première
fois, un ancien chef d'Etat africain,
Charles Taylor, va être jugé
pour crimes de guerre. C'est un signal
bienvenu en faveur de la fin de l'impunité
des tyrans. Or, dans le même
temps, les crimes contre l'humanité
se sont banalisés. Un peu partout
dans le monde, les enfants, souvent
enrôlés de force, paient
un lourd tribut à la violence
armée.L' ONU semble impuissante.
Nous vivons dans un monde globalisé,
mais il n'y a pas de gouvernance mondiale.
La responsabilité américaine
est, certes, grande, et il suffit
de comparer l'action de Bush père
à celle de son fils. Le premier
célébrait un nouvel
ordre mondial où les Nations
Unies, libérées du fardeau
de la Guerre froide, réaliseraient
les objectifs de ses créateurs
; le second voit dans l'organisation
mondiale un obstacle au libre exercice
de la bienfaisante puissance américaine.
Comment redonner du pouvoir à
l'organisation mondiale lorsque le
multilatéralisme est en crise
? Ce sera une lourde tâche pour
Ban Ki-moon que de (re)donner du sens
à la phrase. " Nous, peuples
des Nations Unies ", par laquelle
commence la Charte. par Pascal
Boniface Directeur de l'IRIS
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