JM-SYLVESTRE (l’analyse ) Quand Edouard Philippe se bat contre les capitaux étrangers, c’est Don Quichotte contre les moulins à vent.

JM-SYLVESTRE (l'analyse ) Quand Edouard Philippe se bat contre les capitaux étrangers, c’est Don Quichotte contre les moulins à vent.

lundi 19 Février 2018 – pacainfoeco.com – Le gouvernement a décidé de renforcer le décret Montebourg pour protéger les entreprises françaises des investisseurs étrangers : inutile, pervers et complètement démagogue. Il va falloir s’inquiéter de l’état de santé du Premier ministre. Aller un vendredi après-midi sur un site de L‘Oréal est sans doute intéressant. Le tourisme industriel, après tout, ne peut pas faire de mal.

JM-SYLVESTRE (l’analyse ) Quand Edouard Philippe se bat contre les capitaux étrangers, c’est Don Quichotte contre les moulins à vent.

L’Oréal est un des plus beaux fleurons de l’industrie française. C’est un champion du monde du shampooing et de la coloration. Normal qu’il reçoive la visite périodique des membres du gouvernement. Mais venir chez L’Oréal pour annoncer qu‘il va renforcer la protection des entreprises françaises contre les investisseurs étrangers relève du n’importe quoi politique. C’est Don Quichotte qui brandit ses armes contre les moulins à vent.

Edouard Philippe vient chez L’Oréal « parce qu’il existerait en coulisses un risque de voir arriver des prédateurs étrangers », qui profiteraient du départ non vérifié de Nestlé, au passage entreprise suisse, à l’échéance fin mars, du pacte d’actionnaires qui liait Nestlé à la famille Bettencourt. Le Premier ministre veut donc renforcer les dispositions du décret Montebourg que l’ancien ministre de l’industrie avait pris au moment de l’affaire Alstom, reprenant ainsi un dispositif initié par Dominique de Villepin qui pensait protéger le groupe Danone contre la gourmandise de Pepsi.

Pour pouvoir bien démontrer l’utilité  du décret, Matignon a précisé que ce décret avait été actionné plus de 100 fois par an. En réalité, la mise en œuvre a du être très discrète. On ne sait jamais comment ni pourquoi.  Précision bizarre parce qu’en plus ce décret ne correspond pas aux règles de l’Union européenne qui pourrait l’invalider, mais ne prend même pas le temps de le faire, jugeant le dispositif, bien qu’illégal, complètement inutile.

On est vraiment au cœur du cinéma politique pour impressionner des opinions publiques dont on pense qu‘elles ne comprennent rien à l’économie ; ce qui reste à prouver. Le scénario est très bien rodé, mais les français ne sont quand même pas complètement débiles.

1er point : il existe, c’est vrai, beaucoup de capitaux disponibles aux Etats- Unis et en Chine et qui cherchent à acheter des entreprises étrangères ou à investir en France. Certains de ces capitaux sont tenus et utilisés par des fonds spéculatifs ou activistes. Ils peuvent être tentés de déstabiliser certaines gouvernances ou même de démanteler certaines entreprises. Ceci dit, c’est assez rare et si les entreprises sont ciblées par les activistes, c’est qu’elles sont fragiles au niveau de leur gouvernance, de leur stratégie ou de leurs performances. Ceci dit, la liberté de mouvement des capitaux n’oblige pas la France à être naïve. Aucun pays développé, à commencer par les Etats-Unis, ne laisse son patrimoine sans défense face à des fonds ouvertement activistes.

2e point : le capitalisme français, c’est vrai, est assez pauvre en capitaux français de long terme. Il existe un réel problème de fléchage car néanmoins les français sont de bons épargnants. Mais cette épargne se dirige principalement vers l’immobilier ou des fonds d’Etat, lesquels vont financer le déficit budgétaire. Que le gouvernement réduise ses dépenses publiques et crée des fonds de pensions ou des assurances-vie investies en actions, et l’épargne reviendra dans les entreprises, si par ailleurs ces entreprises sont compétitives.

3e point : en l’absence d’épargne française, les fonds étrangers sont très présents, c’est vrai, dans les grandes entreprises françaises, mais ça n‘est pas extrêmement grave. Les capitaux étrangers ne viennent pas démolir les usines. Ils viennent chercher de la rentabilité et c’est tant mieux. Ils prennent des participations et quand ils rachètent des entreprises, ça n‘est pas forcément pour fermer les usines. Ce qui compte dans une entreprise, ce n‘est pas la nationalité du capital, c’est la localisation des emplois.

Ce qui compte dans une entreprise, c’est sa compétitivité. C’est la compétitivité qui la protège de ses concurrents, qui lui permet de fidéliser son personnel et ses actionnaires. C’est la compétitivité qui lui permet de dégager des marges pour investir et se développer. C’est la compétitivité qui donne de la valeur à l’entreprise et plus l’entreprise vaut cher, mieux elle est protégée des prédateurs.

Donc, le moyen le plus efficace pour protéger l’entreprise, c’est d’améliorer son écosystème. C’est évidemment plus difficile que de jouer les Don Quichotte.

Que l’Etat favorise les conditions de compétitivité et surveille les activistes, c’est une nécessité, mais surtout que l‘Etat ne fasse rien qui puisse enfermer le potentiel économique. L’objectif de l’Etat, c’est aussi de pousser l’attractivité de l’Hexagone. Entre la nécessité de l’attractivité et la protection contre les intrus, la marge de manœuvre est étroite, les actions risquent surtout de s’annuler entre elles. Tout cela impose plus d‘habileté politique que de règlementations.

4ème point : le Premier ministre nous fait croire qu’il faut donc protéger les entreprises en augmentant les « golden shares ». La golden share, détenue par l’Etat dans l’entreprise, lui donne un droit de veto sur les décisions stratégiques qui ne lui conviendraient pas. Alors en théorie, l’Etat ne prend des golden shares que dans les entreprises stratégiques. Très bien, qu’il surveille le nucléaire ou la construction du Rafale, mais le nombre d’entreprises réellement stratégiques en gérance n’est pas très important.

Ou alors, il faudra nous expliquer en quoi un grand fabricant de yaourts, un producteur de colorants pour les cheveux ou de crème à démaquiller appartiennent au secteur stratégique.

Jean-Marc SYLVESTRE

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