JM SYLVESTRE (l’analyse) Brexit, Italie, Europe de l’est : Pour les chefs d’entreprises, les impératifs du business et la contrainte des marchés sont les derniers remparts contre les dérives populistes

JM SYLVESTRE (l'analyse) Brexit, Italie, Europe de l’est : Pour les chefs d’entreprises, les impératifs du business et la contrainte des marchés sont les derniers remparts contre les dérives populistes

vendredi 06 juillet 2018 – pacainfoeco.com – Face à la montée des populismes qui menacent l’équilibre des sociétés occidentales, le business et les marchés constituent les derniers remparts.  A la veille du départ en vacances, les marchés financiers sont revenus au niveau qu‘ils avaient atteint au début de l’année.

JM SYLVESTRE (l’analyse) Brexit, Italie, Europe de l’est : Pour les chefs d’entreprises, les impératifs du business et la contrainte des marchés sont les derniers remparts contre les dérives populistes

Pour les financiers et les investisseurs, le premier semestre de l’année n’aura servi à rien. Parallèlement, les indicateurs macro économiques sont légèrement à la baisse. Croissance, investissement, commerce extérieur, consommation. La France et l’Europe n’échappent pas au phénomène. 

L’explication est très simple. Les menaces de guerre commerciale consécutive à la stratégie protectionniste de Donald Trump ont commencé à jeter un froid sur les prévisions d’investissements. Ajoutons à cela les incertitudes du Brexit et le désordre en Italie et en Allemagne – d’ordinaire très stable – qui font peser sur l’horizon des entreprises un voile qui bouche leur visibilité. Et sans visibilité, l’investisseur lève le pied. 

Globalement, la montée des populismes est désormais évidente dans toutes les sociétés occidentales où les partisans représentent en moyenne presque 40% des électorats. D’élection en élection, cette pression s’accelère. Les populismes regroupent des mouvements d’extrême droite et d’extrême gauche assez peu structurés mais puissants. Face à cette marée montante, il existe 40 % de l’électorat fervent défenseur des modèles fondés sur le libéralisme économique et politique. Entre ces deux groupes sociologiques, 20 % de l’électorat est soit désabusé, soit fluctuant. Et peuvent faire une majorité dans un sens ou dans un autre. 

Le CAE, le centre d’analyse économique qui dépend du premier ministre vient d’ailleurs de calculer qu’une guerre commerciale globale provoquerait une contraction du PIB mondial de 3, 3% ... ce qui ajoutent, les économistes du CAE « représenterait une perte de pouvoir d’achat par Français de 1200 euros « . Inutile que peu de chefs d’entreprise croient possible des relèvements de droits de douanes protectionniste de 50 et 60 %, capables de déclencher une guerre commerciale globale. Cela dit une telle prédiction est de nature à freiner leurs projets en attendant d’y voir plus clair. 

Dans beaucoup de pays de l’est de l’Europe, les gouvernements sont nombreux à porter des projets nationaux et identitaires. Dans le groupe des pays fondateurs de l’Union européenne, on a vu que l’Italie est tombée dans le camp des extrémistes de droite et de gauche. En Grande Bretagne, la majorité a tourné lê dos à l’ouverture en s’enfermant dans le Brexit. En France, il faut reconnaître que lors de la dernière élection présidentielle, il s’en est fallu de peu, dans un choix compliqué entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Aux Etats-Unis, il est évident que Donald Trump a gagné grâce à cette frange d’électeurs sensibles aux argumentaires du populisme. 

 

Tous les analystes, politologues, sociologues et économistes sont à peu près d’accord sur le pourquoi de telles mutations de l’électorat

D’abord, une part non négligeable des populations de ces grandes et vieilles démocraties n’ont pas trouvé leur compte dans la mondialisation de l‘économie et dans la révolution digitale. Certains y ont perdu leur job, donc leur statut. D’autres ont vu leurs horizons se boucher. Bref, ils sont restés à l’écart de la modernité. Ils sont donc prêts à refuser un système qui les a abandonnés.  

Ensuite, une part non négligeable de personnels politiques n’a pas vu ces clivages nouveaux entre les élites branchées sur le monde et le peuple de province resté conicié en ayant raté les trains de la mutation. 

Alors, la crise de 2008/2009 a évidemment accéléré cette incompréhension et s’est traduite dans les urnes par la montée en puissance de tous les courants de pensées qui ont désigné le système capitaliste et libéral dans un monde globalisé, comme responsable de tous les maux de la planète. 

Le problème, c’est que la plupart des dirigeants populistes ont joué aux apprentis sorciers sans imaginer d’alternative au système qu’ils déconstruisaient. Le résultat, c’est qu’arrivès au pouvoir et aux responsabilités, ils se sont retrouvés face à une réalité économique et sociale qui leur égaspit. 

Or, leur électorat avait beau avoir voté pour eux et leurs idées, cet électorat n’en restait pas moins des consommateurs, des salariés, des chefs de famille très attachés finalement au fonctionnement de la société moderne qui a apporté depuis un demi siècle des progrès considérables. L’absence de guerre mondiale, l’amélioration des conditions de vie, un système de santé qui a permis l’allongement de la durée de vie d’un tiers environ (presque 30 ans), la mobilité géographique à un coùt très faible, l’accès à l’information, à l’école, à la culture et à la communication. Peu probable que ceux qui votent populiste aient  tout compris du cout que ca représenterait.. 

Cette modernité, cette abondance de biens et services disponibles pour le plus grand nombre ont un cout qu’on a tendance à oublier. Les entreprises doivent tourner à l’équilibre, les systèmes d’assistance sociale doivent être financés, les téléphones mobiles doivent être rechargés

Les sociétés modernes fonctionnent aussi avec des salariés, des consommateurs et des épargnants. Lesquels sont aussi des électeurs qui peuvent (c’est vrai) dans le secret de l’isoloir prendre une décision qui aboutit à une situation dont ils n’ont pas imaginé les conséquences. Les électeurs de Donald Trump ne s’attendaient pas à payer le prix du protectionnisme via l’augmentation des produits de consommation parce qu’on ne leur en a pas parlé. Dans l’Union européenne, la situation est encore plus caricaturale. Une majorité des européens critique Bruxelles et rejette son fonctionnement, considérant que la BCE et l’euro sont à la source de tous leurs ennuis. Mais la plupart veulent continuer d’utiliser l’euro et circuler librement et low cost dans le monde entier. 

Quand les éléments fondamentaux de leur vie sont en cause, les clients grognent, les épargnants paniquent et les salariés se fâchent. Ils peuvent même se retourner contre ceux qu’ils ont portés au pouvoir. 

JM SYLVESTRE (l’analyse) Brexit, Italie, Europe de l’est : Pour les chefs d’entreprises, les impératifs du business et la contrainte des marchés sont les derniers remparts contre les dérives populistes

Et bien, ces clients consommateurs qui veulent optimiser leurs dépenses courantes, ces salariés qui veulent garder leur job, ces épargnants qui veulent sécuriser leur avenir, tous ces acteurs qui sont d’ailleurs les mêmes composent ce qu’on appelle « les marchés ». Des marchés qui peuvent être irrationnels, qui peuvent être manipulés par quelques spéculateurs de haut vol. Mais globalement, leur réaction reflète assez bien l’état d’esprit des populations. Ces marchés défendent eux aussi les intérêts de tout le monde. Ces marchés votent tous les jours à la caisse de leur supermarché. C’est le consommateur qui choisi d’acheter bio, c’est le salarié qui assume ou rejette le travail qu’on lui offre. C’est l’épargnant qui fait confiance à la banque si la banque où le système inspire confiance. Sinon il proteste. Et ce marché fonctionne indépendamment au service de tous. De l’extrême gauche à l’extrême droite. 

Quoi qu’on dise, les marchés imposent leurs contraintes et leurs gouvernants. Quoi qu’ils disent, les élus sont obligés de respecter ces contraintes. Que ces gouvernants soient grecs ou italiens, hongrois ou autrichiens. Alexis Tsipras est soit un modèle de cynisme, soit une caricature de lâcheté. Toujours est-il qu’il a renié ses engagements pour sauver son peuple de la faillite. Aujourd’hui, la Grèce va réaliser sa plus belle saison touristique de son histoire en accueillant près de 35 millions de touristes européens, plus de deux fois sa population. 

En Grande Bretagne, si le gouvernement a tant de mal à organiser son Brexit, c’est bien parce qu’il doit ménager ses marchés, son économie, bref son avenir. « Fuck the business », ça marche sur un plateau télé et ça fait rire, mais ça ne marche plus quand il s’agit de payer son loyer. 

En 1958, le Général de Gaulle est revenu au pouvoir, mais tout général qu’il était, il a bien été obligé de cogérer la France avec le FMI qui faisait les fins de mois. Il est bien difficile de s’éloigner du réalisme économique.

Les chefs d’entreprise calment leur inquiétude en espérant que le poids des consommateurs, des salariés et des actionnaires pèsera sur les politiques pour calmer leurs velléités à répondre à la guerre commerciale par un repliement à l’intérieur de leur frontières, moyennement quoi, l’effet serait catastrophique. 

Les chefs d’entreprises espèrent que les électeurs de Donald Trump, de David Johnson en GB, ou de la coalition au pouvoir en Italie, viendront sanctionner ceux qu’ils ont élu, compte tenu du peu de résultat. Les patrons considèrent qu’ils n’ont pas à rendre public leur vote ou leur opinion politique, mais ils ont le devoir d’agir sur l’écosystème de façon à ce qu’il soit le plus favorable à l’activité. 

Dans ce sens, ils se considèrent comme les meilleurs garants du système et meilleurs protecteurs de l’économie de marché contre les risques du populisme. 

Jean-Marc SYLVESTRE

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