Jean-Marc SYLVESTRE (l’analyse) Sur les 10 entreprises les plus puissantes du monde, 6 sont américaines et 4 sont chinoises

Jean-Marc SYLVESTRE (l'analyse) Sur les 10 entreprises les plus puissantes du monde, 6 sont américaines et 4 sont chinoises

Lundi 9 Juillet 2018 – pacainfoeco.com – Les entreprises issues des nouvelles technologies prennent le pouvoir sur les États et les gouvernements avec l’accord tacite des citoyens. Selon l’analyse du cabinet d’audit PwC, la capitalisation boursière des 100 plus grandes entreprises mondiales a progressé de 15 % cette année.

Jean-Marc SYLVESTRE (l’analyse) Sur les 10 entreprises les plus puissantes du monde, 6 sont américaines et 4 sont chinoises

Ces entreprises totalisent ensemble une capitalisation record de 20 035 milliards de dollars au 31 mars 2018, contre 17 438 milliards à la même date en 2017.  Sur le top 10 des entreprises les plus puissantes du monde, 6 sont américaines (Amazon, Alphabet –Google, Microsoft, Apple, Boeing, et Berkshire Hathaway- Warren Buffet), et 4 sont chinoises (Tencent, Alibaba, Ping An Insurance et ICBM finance

Le fait nouveau, le plus spectaculaire, c’est l’arrivée des entreprises chinoises en concurrence frontale avec les groupes américains. C’est le marqueur fort de la montée en puissance de la Chine et la démonstration que les Américains doivent désormais partager le monde.  Au delà de cette évidence qui doit susciter la réflexion des spécialistes de géopolitique, ce classement appelle trois remarques : 

  • 1. Les maitres du monde sont les entreprises de la nouvelle technologie.

En moins de 20 ans, Amazon, Google, Microsoft, Apple se sont emparés d’internet et du digital et ont profité de la formidable capacité de changer le monde. En moins de 20 ans, les chinois ont rattrapé un retard qu’il n’arrivait pas à combler avec les industries traditionnelles, Tencent domine les réseaux sociaux asiatiques, c’est le Google et Facebook réunis pour les chinois, Alibaba est le champion du e-commerce et imprime une évolution au moins équivalente à celle d’Amazon en Occident.  Il n’y a pas d’exemple de croissance aussi rapide dans toute l’histoire économique du monde. 

  • 2. Ces entreprises américaines ou chinoises sont en fait mondiales. Les premières dominent le monde de l’Ouest là oùle soleil se couche. Les secondes dominent l’Est, l’Asie et les pays du soleil levant.  Mais ces entreprises sont devenues tellement riches qu‘elles peuvent demain se payer qui elles veulent, où elles veulent. Elles peuvent acheter la totalité des autres industries pour éventuellement y installer plus rapidement leurs technologies.

Elles peuvent acheter des gouvernements ou les populations entières, des électeurs. Elles ont mille et une façons de le faire et de passer les frontières. 

Enfin, on s’inquiétait autrefois de l’américanisation portée par les multinationales américaines comme IBM, GE, ou Coca cola. L’impact et l’influence de Google ou d’Amazon sont beaucoup plus forts parce qu’ils touchent à l’identité, à la culture. Et par conséquent à la liberté individuelle.  Les grandes industries traditionnelles se sont banalisées. Coca cola est la valeur de fonds de portefeuille la plus répandue et la plus solide aujourd’hui dans les fonds de pension. General Electric a disparu des radars et où est IBM, qui faisait trembler toutes les capitales?

La vraie question est de savoir si les monstres sacrés de la technologie subiront le même sort de banalisation ou si, au contraire, elles vont réussir à construire un monde nouveau organisé autour de leurs activités, un monde qui gommera les frontières et où les intérêts politiques seront partagés entre ceux de l’Ouest et ceux de l’Est. Il y a dix ans un tel scénario à la Spielberg appartenait encore à la science fiction… Mais aujourd’hui, le monde appartient déjà à 6 entreprises d’origine américaine et 4 entreprises d’origine chinoise.

  • 3. Ces entreprises gigantesques par leur capacité hégémonique ne sont pas nées dans la tête d’un dictateur, ou d’un idéologue, ou même dans les bureaux d’un gouvernement démocratique.Ces entreprises-là ne se sont pas développées à la demande et avec l’argent du Pentagone ou de la CIA, ou alors dans les palais de Pékin. Rien à voir avec un plan gouvernemental, une politique industrielle, on n’est même pas dans le modèle Airbus ou sur injonction politique, on crée à partir de rien une industrie aéronautique transnationale. On n’est pas dans le modèle Warren Buffet, champion du monde des fonds de pension où avec quelques uns de ses confrères gérants de fonds, crée l’industrie mondiale du Macdo. 

Dans le modèle actuel, le développement de toutes ces entreprises ultra performantes est le résultat d’une rencontre 

  • La rencontre entre des esprits assez inventifs pour créer des produits et des services qui n’existaient pas et que personne ne réclamait le matin en se levant et un public immense de consommateurs qui ont adopté et trouvé une utilité formidable au produit et au service.  Ce sont les clients, utilisateurs qui ont fait le succès de ces entreprises-là. Pour une seule raison. Le digital a ouvert une transformation complète de leur vie. Et tous les clients ont adopté les systèmes quelques soient leur couleur de peau, leur croyance, leur langue, leur pays etc. etc. 

Allons encore plus loin, cette génération nouvelle d’entreprise est née et s’est développée contre les Etats, en opposition avec les gouvernements, à côté des régulations et des administrations. 

Dès la sortie d’internet, les frontières et les barrières se sont effondrées d’où le succès mondial. Même Braudel qui a magnifiquement décrit l l’impact des révolutions industrielles n’aurait pas imaginé un tel bouleversement.

Jean-Marc SYLVESTRE (l’analyse) Sur les 10 entreprises les plus puissantes du monde, 6 sont américaines et 4 sont chinoises

4) L’émergence de tels contrepouvoirs interpelle forcément les États et les gouvernements qui s’inquiètent – et c’est légitime- de leur impuissance relative. Les réactions les plus fréquentes sont le plus souvent partagées entre la tentation du protectionnisme et celle de la régulation, du contrôle ou de l’interdiction. Aucune de ces réactions n’est satisfaisante. Elles se heurtent aux choix des clients, consommateurs qui ont soif de cette liberté. Quels que soient leur pays, leur nationalité, et même leur idéologie. Les plus courants les plus radicaux et même les plus réfractaires au progrès ont besoin des nouvelles technologies.  

En fait, les grandes entreprises de la technologie prennent le pouvoir sur les États et sur les gouvernements avec l’accord tacite des citoyens. Ça préfigure quand même un sacré changement dans l’organisation des communautés humaines. 

Jean-Marc SYLVESTRE

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